Sun Lutang et son fils Sun Cunzhou
Sun Cunzhou (孫 存 周 1893-1963)

Sun Cunzhou est le deuxième fils de M. Sun Lutang, fondateur du Tai-chi de style Sun, artiste martial taoïste, surnommé Er Ke. Il est connu comme un sage boxeur et l’un des plus grands artistes martiaux de son temps. Il reçut son enseignement principalement de son père. Sensible et avide d’apprendre, il maîtrise en profondeur le Tai-chi, le Xingyi, ainsi que l’essence du Bagua Zhang, et il est particulièrement célèbre pour ses compétences de frappe dans les arts martiaux.

Il a étudié les arts civils et militaires. Il a commencé à s’entraîner à l’âge de 16 ans et a acquis la maîtrise en trois ans. Chu Guiting, grand maître de Bagua Zhang, de Xingyi et de Tai-chi, déplora que Sun Cunzhou fût sans précédent dans les arts martiaux et unique, et que personne de sa génération ne puisse l’égaler.

M. Sun Cunzhou a consacré toute sa vie aux arts martiaux. Il était doté d’une qualité chevaleresque et jouissait d’une excellente réputation. Il a inspiré les générations futures par son dévouement de toute une vie à l’entraînement, ainsi que par son domaine spirituel libre et sans retenue, en quête de vérité et d’altruisme.

M. Sun Cunzhou était simple et naturel, plein d’humour et très compétent, avec un goût élégant. Il maîtrisait la poésie, la prose raffinée et la musique ancienne, et il était doué en calligraphie et en peinture. Il excellait particulièrement dans les paysages, surtout les pins et les cyprès, qui correspondaient à sa nature.

Né en février 1893, originaire de Dongrenjiatuan, dans la province du Hebei (aujourd’hui rattaché au comté de Wangdu), il est décédé en août 1963. Il est le deuxième fils de M. Sun Lutang, fondateur du Tai-chi de style Sun. Son prénom de naissance est Huanwen, son nom de courtoisie est Yi Ke et son surnom est Er Ke.

À l’âge de 19 ans, il épousa une femme de la famille Qian. Il voyagea ensuite dans de nombreuses provinces du nord et du sud, échangeant ses compétences en arts martiaux et acquérant une grande réputation partout où il passait.

En 1924, M. Sun Cunzhou fut accidentellement blessé à l’œil gauche par un frère d’armes. Il se retira alors pour s’entraîner durement à huis clos. Quelques années plus tard, il atteignit un niveau lui permettant de percevoir les choses sans avoir besoin de voir ni d’entendre clairement, et ses compétences martiales devinrent extraordinaires.

En 1929, M. Sun Cunzhou fut engagé comme chef du comité de supervision de la Conférence provinciale des arts martiaux et du divertissement du Zhejiang. Plus tard, il fut nommé doyen par intérim du musée Jiangsu Guoshu.

En 1935, il fut recruté comme juge national d’arts martiaux aux sixièmes Jeux nationaux de la Chine d’avant-guerre. Lorsque la guerre de résistance contre le Japon éclata, M. Sun Cunzhou s’engagea immédiatement. Il participa à de nombreuses campagnes pendant plus de trois ans, impliquant des dizaines de grandes et petites batailles, souvent dans une situation de grande disparité de forces, jusqu’à ce que l’armée japonaise consolide finalement son occupation.

En 1942, M. Sun Cunzhou retourna discrètement à Pékin. Bientôt, les Japonais apprirent sa présence et voulurent l’enrôler. Informé de cela, il se réfugia chez deux de ses frères d’armes aînés, Sun Zhenchuan et Sun Zhendai (élèves de son père), à Dingxing, dans la province du Hebei. Durant cette période, il aida à plusieurs reprises les habitants du village à repousser les attaques japonaises et à protéger la population.

Lors de la bataille de Luoyang en 1944, son fils aîné, Sun Baohe, mourut au combat contre les envahisseurs japonais. M. Sun Cunzhou déclara avec émotion : « Cela ne déshonore pas la tradition familiale. »

Après la Libération, M. Sun Cunzhou vécut retiré en ville, mais tous ceux qui venaient le voir après avoir entendu parler de lui repartaient profondément impressionnés. Depuis le début de la République de Chine, M. Sun Cunzhou s’était mesuré d’innombrables fois à des boxeurs de diverses écoles, et jamais, de toute sa vie, il ne fut vaincu.

Chu Guiting (褚桂亭, 1892–1977), grand maître d’arts martiaux, déplora que Sun Cunzhou fût sans précédent dans les arts martiaux, unique, et qu’aucun pratiquant de sa génération ne pût l’égaler.

Chu Guiting (褚桂亭, 1892–1977)

M. Sun Cunzhou consacra toute son existence aux arts martiaux, se montrant chevaleresque et jouissant d’une excellente réputation. Il inspira les générations suivantes par son engagement à vie dans l’entraînement martial et par son idéal spirituel libre, sans retenue, tourné vers la vérité et l’altruisme.

M. Sun Cunzhou était simple et naturel, plein d’humour et de talents, avec un goût raffiné. Il maîtrisait la poésie, les belles tournures de langue et la musique, connaissait les anciens rythmes, et était habile en calligraphie et en peinture. Il excellait surtout dans les paysages, en particulier les pins et les cyprès, qui correspondaient à sa nature.


RÉSUMÉ DE SA VIE

Son père est M. Sun Lutang, grand maître d’arts martiaux, connu sous le nom de « Saint martial ». On raconte que, lorsque Sun Cunzhou avait 6 ans, il se mit à imiter la pratique de la boxe de son père et aimait jouer avec des frondes. Comme son père était souvent absent, il le voyait rarement et ne commença réellement à pratiquer les arts martiaux qu’à l’âge de 16 ans.

En 1909, il se mit officiellement à l’étude des arts martiaux auprès de son père. Après trois années d’entraînement intense, jour et nuit, il assimila l’essence du Xing-yi de Sun et du Bagua de Sun. Par la suite, il se rendit auprès de maîtres renommés de Pékin, Tianjin, Yanzhao et d’autres régions pour échanger sur les techniques, et se fit rapidement un nom.

En 1912, alors que Sun Cunzhou avait 19 ans, il épousa une femme de la famille Qian. Peu après, il partit seul vers le sud, voyageant à travers le pays, rendant visite à des maîtres célèbres et comparant ses compétences martiales avec les leurs, sans jamais être surpassé.
À Hangzhou, les grandes familles Zheng et Liu, toutes deux très habiles en arts martiaux, rivalisèrent pour l’engager comme maître. Chen Kuilong, ancien haut fonctionnaire de la dynastie Qing et gouverneur général de Zhili, vivait alors en retraite et engagea Sun Cunzhou comme professeur de boxe. Sun Cunzhou partageait alors son temps entre Hangzhou et Shanghai, passant un demi-mois dans chaque ville. Durant cette période, il devint frère juré avec Wu Debo, Zheng Zuoping, Li Xiaohe, Zhang Qidong et d’autres membres du Tongmenghui.

À cette époque, de nombreux maîtres renommés de la région du Jiangnan connaissaient Sun Cunzhou. Ils se mesuraient à lui, mais il parvenait à les vaincre sans difficulté. Il jouissait ainsi d’une grande réputation dans les régions de Shanghai, Ningbo et Hangzhou.
Des figures singulières du monde des arts martiaux, comme Qin Heqi ou Guan Zizhang, avaient tous noué une profonde amitié avec lui et le louaient hautement.

Pendant plusieurs années, Sun Cunzhou resta loin de chez lui. Il dissimulait souvent sa véritable identité et rendait visite à des maîtres célèbres dans de nombreuses régions. Il demandait souvent : « Qui est aujourd’hui le plus grand et le plus extraordinaire boxeur de Chine ? » Tous ceux qu’il rencontrait répondaient : « C’est le singe vivant Sun Lutang. » (ce surnom de « singe vivant » désignait Sun Lutang).

En 1918, Sun Cunzhou retourna à Pékin et raconta à son père ses voyages et expériences. M. Sun Lutang lui enseigna :

« Quiconque recherche le tao et l’art doit rester humble. Si tu es humble, ton cœur sera clair ; si ton cœur est clair, ta nature sera vraie. Quand il n’y a rien, il y a la réalité ; quand c’est vide, cela devient superficiel. Chaque fois que tu rencontres un aîné qui possède une compétence, quel que soit son niveau, considère-le comme ton professeur et ton ami, demande conseil avec un esprit ouvert et accepte tous les enseignements. »

Après que son père eut été appelé au palais présidentiel en 1919, Sun Cunzhou retourna dans le sud. À cette époque, son troisième frère, Sun Wuzi, enseignait également au collège de Taicang, où il enseignait la boxe et l’anglais. Après le retour de Sun Cunzhou à Shanghai, ils se retrouvaient presque une fois par mois pour étudier ensemble la boxe de la famille Sun, s’inspirant mutuellement et affinant leurs techniques.

En 1921, chez le marchand de thé Cheng Yunfu à Hangzhou, Sun Cunzhou rencontra Xie Tiefu, un maître de boxe Xinyi originaire du Hunan. Ne parvenant pas à s’accorder par la parole, ils passèrent au combat, que Sun Cunzhou prit à la légère. Il utilisa alors la paume du Bagua pour percer la garde de Xie et le frappa. Comme Xie Tiefu était un vieil ami de M. Cheng, et que celui-ci avait pris soin de Sun Cunzhou lorsqu’il était arrivé à Hangzhou, Sun Cunzhou retint sa force et ne le blessa pas gravement. Peu après, Xie Tiefu rentra dans son pays natal et se montra plus prudent dans ses propos sur la boxe.

En avril 1923, Ma Liang et d’autres organisèrent à Shanghai la « Conférence nationale des sports de Wushu ». Sun Cunzhou s’y rendit en observateur. Un vieux camarade, Zhang Fengyan, célèbre artiste martial, le considérait comme son neveu. Lors de cette rencontre, Sun Cunzhou plaça discrètement la bombe (poids) de Zhang Fengyan sous la table, ce qui impressionna les présents. Cheng Haiting s’exclama : « Er Ke (Sun Cunzhou) est vraiment capable, maintenant ! »
Cette conférence réunissait 18 maîtres d’arts martiaux, mais Sun Cunzhou estimait que tous ne méritaient pas ce titre. Certains n’étaient célèbres que pour soulever des pierres ou porter des poids, mais ne pouvaient pas réellement être considérés comme de véritables artistes martiaux.

En 1924, alors qu’il jouait au billard avec ses frères d’armes, Sun Cunzhou était assis, lisant un journal et portant des lunettes en cristal. En jouant, Li Xiaohe laissa échapper son bâton, qui brisa les lunettes de Sun Cunzhou et lui blessa l’œil gauche, le rendant aveugle de cet œil. Sun Cunzhou plaisanta : « Avec ce coup, tu as fait reculer mon taoïsme de cinq cents ans. »
Bien qu’il ait pris cette phrase sur le ton de l’humour, il songea réellement à abandonner la boxe pendant un temps. Mais, d’une part, il aimait toujours profondément la boxe, et d’autre part, encouragé par ses amis, il décida de continuer. Zheng Zuoping vint l’aider et se proposa comme partenaire et comme « cible » pour ses entraînements. Sun Cunzhou se concentra alors sur la manière de faire face aux attaques du côté gauche et de développer sa sensibilité de ce côté. Après deux ans d’entraînement intensif, sa confiance revint progressivement. Il se remit ensuite à pratiquer encore plus durement, et ses compétences s’améliorèrent sans cesse.

En 1925, Sun Cunzhou rencontra Ye Dami chez Zheng Zuoping. Ayant des centres d’intérêt similaires, ils devinrent frères d’armes. Ye Dami, surnommé Boling, était alors chef d’état-major régimentaire de la 25e division et disciple de Tian Zhaolin en tai-chi de style Yang. Conscient des grandes capacités de Sun Cunzhou, il lui demandait souvent conseil. Sun Cunzhou lui transmit les méthodes internes de la famille Sun, ce qui améliora considérablement son niveau.
Plus tard, Ye Dami expliqua à son disciple Jin Renlin que ses arts martiaux reposaient principalement sur trois sources : le tai-chi de style Yang de Tian Zhaolin, le Neijing (travail interne) de la famille Sun enseigné par Sun Cunzhou, et l’épée Wudang transmise par Li Jinglin. Jin Renlin présenta ainsi le style de son maître : « La boxe de M. Boling est une combinaison de la force interne de la famille Sun, de la technique du tai-chi de style Yang et de l’usage de l’épée Wudang de Li Jinglin. C’est un style unique. »
Selon lui, Sun Family Quan possédait une force interne extrêmement pénétrante : on ne sentait rien au moment de l’impact et l’intérieur était déjà blessé ; le tai-chi de style Yang avait des techniques riches et ingénieuses, surtout pour le tui shou (poussée des mains) ; l’épée Wudang de Li Jinglin était très pratique, et inspirante pour le travail de la boxe.

En 1926, Ye Dami fonda le « Wudang Taiji Club » à Shanghai. Au début, Sun Cunzhou était inquiet, craignant que Ye Dami ne puisse pas le maintenir, mais le niveau des pratiquants qui s’y présentaient n’était pas très élevé, et tout se passa bien. Un jour, Liu Gaosheng, célèbre boxeur de Shanghai, vint le défier. Ye Dami entra en compétition avec lui et resta constamment en position de force, ce qui impressionna fortement Liu Gaosheng. Sun Cunzhou déclara alors : « Cette fois, je suis rassuré. »

En 1927, l’Armée expéditionnaire du Nord entra à Shanghai, et les maîtres d’arts martiaux de différentes écoles affluèrent aussi dans la ville. Les arts martiaux y devinrent florissants. De nombreux boxeurs célèbres de Shanghai étaient disciples de Sun Cunzhou, tels que Chen Weiming, Xiao Geqing, Jin Yunting, Zhang Qidong, etc. Ils tentèrent de persuader Sun Cunzhou d’ouvrir une école publique pour enseigner officiellement la boxe de la famille Sun.
Cependant, Sun Cunzhou respectait strictement les instructions de son père : la boxe de style Sun ne devait être transmise qu’à des personnes ayant une moralité droite et ne devait jamais être enseignée sans discernement. Ainsi, même si le tai-chi de style Sun fut l’un des premiers à entrer à Shanghai, il resta le moins diffusé, précisément à cause de ce principe de transmission. À cette époque, Sun Cunzhou n’avait pas de disciples formels à Shanghai. En dehors de sa propre pratique, il enseignait à quelques amis ou donnait des conseils aux frères d’alliance. Outre Ye Dami, Xiao Geqing reçut souvent ses instructions. Le Baguazhang de Xiao Geqing était remarquable : il marchait et tournait avec la force d’un cheval au galop, et sa puissance était considérable.

À cette époque, des démonstrations d’arts martiaux avaient souvent lieu à Shanghai, et le Baguazhang de Xiao Geqing en constituait fréquemment le clou du spectacle. Un jour, une démonstration eut lieu dans la Concession française. De nombreux maîtres renommés étaient présents, tels que Yao Fuchun, Zhu Guofu, Zhu Guolu, Gao Zhendong, Tian Zhaolin et Xiao Geqing. Parmi eux, la performance de Xiao Geqing fut la plus applaudie.
Gao Zhendong, qui présentait le Xingyiquan, déclara : « Un profane qui regarde un spectacle ne comprend pas le véritable kung-fu. » Xiao Geqing, piqué au vif, voulut se mesurer à lui. Malgré les tentatives des autres pour les calmer, ils finirent par se confronter. Gao Zhendong était connu pour aimer les défis, mais les déplacements de Xiao Geqing étaient si rapides qu’il le projeta au sol en une seule action. Dès lors, Gao Zhendong reconnut pleinement la compétence de Xiao Geqing.

En avril 1928, M. Sun Lutang fut engagé par Zhang Zhijiang et Li Jinglin comme chef de la branche Wudang à l’Institut central de recherche sur les arts martiaux de Nankin. En voyage vers le sud par bateau depuis Tianjin, il passa par Shanghai et fut chaleureusement accueilli par le milieu des arts martiaux de la ville. Les journaux de l’époque relayèrent largement l’événement.
Il était accompagné de Zhu Guozhen, Li Yulin, Yang Shiyuan et d’autres, tous disciples de la famille Sun. Peu après, Sun Cunzhou rejoignit son père à Nankin. À cette époque, le Musée central des arts martiaux de Chine, également appelé Institut central de recherche sur les arts martiaux, regroupait deux grandes branches : Shaolin et Wudang, chacune avec ses propres départements. Les relations internes y étaient complexes et les rivalités de factions vives.
M. Sun Lutang, déçu par cet environnement, démissionna un mois plus tard, malgré les tentatives de Li Liejun, Niu Yongjian et Li Jinglin pour le retenir. Il fut finalement convenu de créer une branche du Jiangsu Guoshu et d’engager M. Sun Lutang pour y diriger l’enseignement.

La branche du Jiangsu Guoshu fut créée le 28 juin 1928. Le directeur était Niu Yongjian, président de la province du Jiangsu. Le 1er juillet, M. Sun Lutang fut nommé directeur académique, puis directeur adjoint chargé en pratique des affaires du musée Jiangsu Guoshu.
Durant cette période, même si Sun Cunzhou accompagnait toujours son père, il ne se rendait pas souvent dans le musée afin d’éviter les soupçons. Mais son kung-fu impressionna profondément Li Jinglin et d’autres. Ainsi, lorsque M. Sun Lutang quitta l’Académie centrale, Li Liejun, Li Jinglin et d’autres insistèrent pour que Sun Cunzhou lui succède à la tête de la branche Wudang, mais Sun Cunzhou refusa.

Plus tard, l’Académie centrale supprima les divisions Shaolin et Wudang, les remplaçant par un Bureau des affaires académiques, dirigé par Zhu Guofu. Les deux grands centres d’arts martiaux – celui du gouvernement central et celui de la province du Jiangsu – attirèrent de plus en plus de maîtres vers le Jiangnan. Des experts de tai-chi aussi célèbres que Yang Chengfu, Tian Zhaolin, Hao Yueru, etc., enseignèrent au Musée Jiangsu Guoshu.

À cette époque, le musée Guoshu était un véritable lieu de rassemblement des héros, où étaient régulièrement organisés des échanges pratiques. Cela mettait mal à l’aise nombre de maîtres renommés. Bien que Sun Cunzhou n’occupât pas officiellement de poste dans le musée, il venait souvent enseigner au nom de son père. Il put ainsi échanger régulièrement avec des experts de nombreuses écoles différentes. À cette époque, ni les enseignants ni les étudiants du musée, ni les maîtres extérieurs ne pouvaient le battre.

Lors d’un combat d’escrime, Sun Cunzhou affronta en même temps Yu Hualong, Liu Yinhu et Li Qinglan, disciples de Li Jinglin, tous experts en épée Wudang. Sun Cunzhou, spécialiste de l’épée Bagua, combattit avec une épée de bambou contre les trois. Tous l’attaquèrent en même temps. Par ses déplacements tournoyants, il toucha successivement les points vitaux des trois adversaires sans que leurs lames ne parviennent à le toucher. Plus tard, Chen Yihu, successeur de l’épée de Bodhidharma, se joignit à eux, mais fut lui aussi vaincu.

Une autre fois, il s’exerça en sanshou avec Li Yulin et Chu Guiting. Bien que Sun Cunzhou et Li Yulin fussent frères d’étude, ils ne s’étaient jamais vraiment affrontés. Ce jour-là, le combat fut très sérieux. Sun Cunzhou combattit Li Yulin et Chu Guiting en même temps, gardant toujours l’avantage. Des années plus tard, Chu Guiting exprimait encore son admiration lorsqu’il évoquait cet épisode.

Si les échanges entre Sun Cunzhou et ses frères d’armes pouvaient parfois ressembler à un jeu, les nombreuses tentatives d’assassinat auxquelles il fut confronté révélèrent son véritable niveau de combat réel.

Un jour, lors d’un banquet du milieu martial de Shanghai, Chen Zi — que Zhang Zhijiang surnommait « le maître des arts martiaux chinois » — tenta secrètement d’éprouver la force de Sun Cunzhou en lui serrant la main. Chen Zi, expert du Lianquan et du Yueying Zhua (la « griffe d’aigle »), possédait une force digitale redoutable. Pourtant, Sun Cunzhou déjoua sa prise sans peine.

À la fin du banquet, Chen Zizheng lui offrit une orange. Lorsque Sun Cunzhou tendit la main pour la prendre, Chen en profita pour saisir son poignet et tester son pouls martial. En un éclair, Sun Cunzhou releva son poignet et projeta Chen au sol. Plus tard, Chen déclara : « Depuis tant d’années, une seule personne n’a jamais eu peur de ma prise : Sun Cunzhou. »

Une autre fois, alors qu’il descendait d’un pousse-pousse devant l’hôtel Yangtze, il sentit soudain un danger derrière lui. Il se pencha d’un mouvement instinctif et une balle passa au-dessus de lui. Il se retourna immédiatement et neutralisa le conducteur du pousse-pousse, qui s’avéra être un tueur professionnel. L’assassin s’était trompé de cible, Sun Cunzhou ressemblant à la personne qu’il devait abattre. Ses sens étaient tellement aiguisés qu’on disait de lui qu’il avait « des yeux dans le dos ».

Lors d’une promenade en bateau sur le lac Taihu avec des amis, un célèbre maître nommé Guo, ayant entendu parler de cette réputation, voulut lui faire une plaisanterie. Profitant que Sun Cunzhou regardait au loin, il tenta de le pousser à l’eau. Contre toute attente, c’est Guo qui tomba dans le lac : Sun Cunzhou avait déjà saisi son pied et l’avait fait basculer avant de le repêcher aussitôt. Tous furent stupéfaits par son réflexe fulgurant.

En réalité, il ne s’agissait pas d’un « sixième sens surnaturel », mais de la perception subtile et intuitive cultivée dans les arts taoïstes et le système martial de la famille Sun.


Le premier examen national d’arts martiaux (1928)

En octobre 1928, l’Académie centrale des arts martiaux organisa le premier examen national de Wushu. Les candidats devaient d’abord présenter des routines, puis participer à des épreuves de lutte, de sanshou et d’armes.

Sun Cunzhou y assista en invité spécial. Il estima que la plupart des concurrents étaient déconnectés de l’usage réel : ce qu’ils pratiquaient habituellement ne se retrouvait pas dans le combat. Certains pratiquaient des mouvements presque acrobatiques, impressionnants en apparence mais inefficaces dans l’affrontement.

À l’inverse, les trois frères Zhu — Zhu Guofu, Zhu Guolu et Zhu Guozhen — qui s’entraînaient depuis longtemps à la confrontation réelle, obtinrent d’excellents résultats et entrèrent tous en classe supérieure.

L’académie ajouta alors officiellement des cours de combat. Mais pour Sun Cunzhou, si les arts martiaux traditionnels étaient transmis correctement, il ne serait même pas nécessaire d’ajouter des cours spécifiques de boxe. Il affirmait que le Xingyiquan constituait la base essentielle de toutes les capacités martiales, et que ni la boxe occidentale ni le tai-chi — parfois idéalisé — ne pouvaient remplacer cette fondation. Selon lui :

« Pour progresser vraiment dans les arts martiaux, le Xingyi est la racine ; mais pour atteindre la plénitude, le tai-chi et le Bagua sont indispensables. »

Plus tard, après trois mois d’entraînement intensif aux postures fondamentales — la posture Wuji, la posture à trois corps, le poing fendu — les capacités de combat des frères Zhu progressèrent de façon spectaculaire. Mais, selon Sun Cunzhou, la différence avec lui restait immense : perception du corps, contrôle du rythme, gestion de la force.


Une connaissance au-delà du combat

Sun Cunzhou n’était pas un simple combattant. Il entretenait des relations amicales avec de grands érudits, tels que Chen Kuilong, ancien gouverneur de Zhili, qui lui transmit de nombreux principes philosophiques. Plus tard, il échangea également avec Ma Yifu, célèbre lettré, avec lequel il discuta arts martiaux et philosophie. Il lia aussi une profonde amitié avec Hu Pu’an, maître de l’école Pu Xue, et avec le musicien Wang Mengshu.

Sun Cunzhou apprenait des forces de chacun, comblait ses faiblesses, et enrichissait sans cesse sa culture littéraire, historique et artistique. À force d’accumulation, il devint non seulement un artiste martial de génie, mais aussi un homme au tempérament exceptionnel.

Dans les années 1920 et 1930, Shanghai était prospère et pleine de tentations. Beaucoup de maîtres s’égarèrent dans l’opulence. Mais malgré sa renommée précoce et son aisance financière, Sun Cunzhou resta simple : il aimait étudier, pratiquer et boire un peu, mais il évitait strictement la drogue, le jeu et la prostitution — rare dans le milieu martial de l’époque.

L’homme fort biélorusse

À Shanghai, le « Grand Monde » était alors un centre de divertissement célèbre, avec salle de billard, spectacles et démonstrations de force. Sun Cunzhou aimait parfois aller y jouer au billard. Comme il était souvent accompagné de personnalités influentes, le directeur du lieu savait qu’il était un grand maître des arts martiaux.

Un jour, un homme fort biélorusse s’y produisit. On disait qu’il pouvait soulever une barre de 800 livres à deux mains — un exploit impressionnant. Il pratiquait également la boxe occidentale.

Le directeur invita Sun Cunzhou à assister au spectacle. Après l’avoir regardé sans commentaire, Sun Cunzhou retourna jouer au billard. Intrigué, le directeur demanda :

— « Y a-t-il un boxeur chinois capable de soulever ces 800 livres ? »
Sun Cunzhou répondit calmement :
— « Il peut soulever 800 livres, mais il ne pourrait peut-être pas lever un de mes doigts. »

Surpris, le directeur le supplia de faire une démonstration. Sun Cunzhou refusa d’abord, expliquant :
— « Cet homme gagne sa vie avec son travail. Je n’ai aucune inimitié avec lui. Pourquoi ruiner son gagne-pain ? »

Mais devant l’insistance de ses amis, il accepta une démonstration privée dans la salle de billard, à condition que cela ne nuise pas à l’homme fort.

Lorsque l’homme fort arriva, Sun Cunzhou tendit simplement l’index et lui demanda d’essayer de le bouger. L’homme fort tenta d’abord d’une main, puis des deux mains, de toutes ses forces — sans parvenir à déplacer le doigt d’un millimètre.

Puis, d’un léger mouvement interne, Sun Cunzhou fit perdre l’équilibre à l’homme fort, qui tomba au sol. Tous les témoins furent stupéfaits.

Sun Cunzhou précisa aussitôt, par humilité :

— « Sa force de levage dépasse la mienne. Nous pratiquons des choses différentes. Je ne pourrais peut-être pas soulever sa barre, tout comme il ne peut pas bouger mon doigt. »

L’homme fort, admiratif, voulut devenir son disciple sur-le-champ, mais Sun Cunzhou refusa :

— « Sans la langue et sans les fondements, tu ne pourrais rien apprendre. Être disciple n’est pas un jeu. »

Même le directeur voulut ensuite devenir son élève et lui offrit une maison en guise de cadeau de disciple. Sun Cunzhou refusa encore :

— « Ce qui semble être un simple doigt est en réalité la force de tout le corps. Ce n’est pas quelque chose que l’on pratique pour s’amuser. Ne perdez pas votre temps. »


La Conférence nationale des arts martiaux de Hangzhou (1929)

En novembre 1929, se tint à Hangzhou la Conférence nationale des arts martiaux et du divertissement — en réalité une grande compétition nationale. Elle réunit des juges et superviseurs célèbres venus de tout le pays. Sun Cunzhou devait être président du comité de surveillance, mais estima manquer d’ancienneté et refusa. Le poste fut finalement supprimé, et il fut nommé chef des 37 superviseurs.

Dès l’ouverture, quelqu’un défia publiquement M. Sun Lutang. Sun Cunzhou monta calmement sur scène et déclara au provocateur :

— « Si tu me bats, mon père se présentera naturellement. »

Le challenger, terrifié par sa réputation, se retira.

Cet incident poussa Sun Cunzhou à vouloir participer officiellement à la compétition. Mais son frère d’armes, Zheng Zuoping — vice-président de l’événement — l’en dissuada :

— « La moitié des concurrents sont les élèves de ton père. Si tu gagnes, on dira que c’est parce que tu es son fils. Si tu perds, on dira que la boxe Sun est vaine. Dans tous les cas, tu y perdras. »

Sun Cunzhou renonça donc à concourir.

Au final, près de la moitié des dix premiers gagnants étaient élèves ou disciples de Sun Lutang. L’événement fit sensation dans tout le pays.


Réflexion de Sun Cunzhou

Ces deux grandes compétitions nationales convainquirent Sun Cunzhou que :

  • Les arts martiaux doivent prouver leur efficacité réelle.

  • Les compétitions peuvent être utiles pour évaluer la pratique.

  • Mais l’obsession du titre et de la gloire pervertit le sens profond des arts martiaux.

Pour lui :

Le Xingyiquan est la base. Le Tai-chi et le Bagua sont l’achèvement.


Le conflit avec Li Yulin

À cette époque, Sun Cunzhou eut un conflit sérieux avec Li Yulin, célèbre disciple de Sun Lutang. Bien que Li Yulin eût un kung-fu exceptionnel — au point d’être surnommée « le singe au bras de fer » — son caractère autoritaire et son statut de « disciple aîné » créèrent des tensions.

Li Yulin contrôlait l’accès au maître : elle empêchait certains disciples plus jeunes de rencontrer Sun Lutang, afin d’affirmer sa position. Sun Cunzhou considéra cela comme une trahison de l’esprit de transmission. Le conflit devint si profond qu’il déclara à son père :

— « Si tu ne fais pas partir Li Yulin, c’est moi qui partirai. »

Sun Lutang fut accablé. Finalement, Li Yulin partit enseigner au Shandong Guoshu Hall. Mais cette rupture eut un impact durable : elle limita largement la diffusion du style Sun dans les générations suivantes.


La guerre contre le Japon

En 1931, après l’incident du 18 septembre et l’invasion du nord-est par le Japon, la situation nationale bascula. En 1932, le Musée Jiangsu Guoshu dut fermer faute de moyens. Les maîtres partirent chacun de leur côté. Sun Cunzhou enseigna un temps à Shanghai, puis retourna à Pékin avant de se réfugier à la campagne.

Pendant toute la guerre, il vécut pauvrement et discrètement, enseignant aux villageois des techniques d’autodéfense, refusant toute collaboration.

En 1944, lors de la bataille de Luoyang, son fils aîné Sun Baohe mourut héroïquement en combattant l’armée japonaise. Tenant ses reliques, Sun Cunzhou déclara simplement :

— « Cela ne déshonore pas la tradition familiale. »

Cette perte, ainsi que la mort de son disciple préféré, Dong Yueshan, le plongea dans une profonde tristesse. Ses cheveux blanchirent en quelques mois.


Après-guerre et retrait

En 1946, il retourna brièvement à Shanghai, puis vécut reclus à Pékin. Sa fille Zu Yayi se révéla particulièrement talentueuse, plus que ses deux frères, et s’entraîna avec une ténacité rare. Sun Cunzhou commença à l’admirer et à lui transmettre davantage.

En 1949, après la Libération, plusieurs de ses frères d’armes furent arrêtés, notamment Sun Zhendai. Incompris politiquement et désillusionné, Sun Cunzhou refusa toutes les invitations officielles. Il passa ses journées à pratiquer, peindre, enseigner à quelques élèves, et marcher dans les parcs.

Pourtant, de nombreux maîtres vinrent discrètement le défier : Li Dunsu, Wu Tunan, Chen Fake, Wang Xiangzhai, Chen Zijiang… Tous repartirent stupéfaits — parfois même projetés au sol.

Les derniers défis martiaux

Même s’il vivait retiré, le nom de Sun Cunzhou circulait dans tout Pékin. De nombreux maîtres, curieux ou ambitieux, vinrent le rencontrer — parfois pour échanger, parfois pour le tester.

L’épisode avec Chen Zijiang

Chen Zijiang, célèbre maître de Xingyiquan et disciple de Shang Yunxiang, venait souvent pratiquer au parc Beihai. Ayant entendu parler de Sun Cunzhou, il se rendit plusieurs fois pour l’observer, mais ne le vit pratiquer que du tai-chi. Il murmura dans son dos :

— « A-t-il oublié le Xing-yi et le Bagua ? »

Un jour, il se rendit chez Sun Cunzhou et osa lui demander :

— « Pouvez-vous encore utiliser ce tai-chi ? »

Sun Cunzhou, assis sur son canapé, répondit simplement :

— « Essaie donc. »

Chen attaqua soudainement. En un mouvement fluide, Sun Cunzhou utilisa une technique du tai-chi de style Sun, le « dossier à trois voies », et projeta Chen derrière le canapé. Chen revint aussitôt à la charge. Cette fois, Sun Cunzhou employa la technique de la « grue blanche déploie ses ailes », souleva Chen dans les airs et le plaça debout entre le mur et la bibliothèque.

Puis, avec calme, il demanda :

— « Alors ? On peut l’utiliser ? »

Chen hocha la tête, vaincu et respectueux.

Il confia plus tard à Wu Zizhen :

— « Je n’ai rien vu venir. »

L’épisode avec Wang Xiangzhai

Wang Xiangzhai, fondateur du Dacheng Quan (Yiquan) et figure majeure du monde martial, vint lui aussi le voir à Beihai. Il affirma que son art descendait directement du fameux Guo Yunshen.

Sun Cunzhou répondit calmement :

— « Alors, montrez-moi. »

Wang attaqua. Sun fit un pas, toucha son centre, et le projeta au sol sans effort. Wang fut relevé par les témoins, honteux, et s’éloigna.

Plus tard pourtant, il revint souvent, apportant du vin et des plats faits maison. Ils devinrent proches, parlant comme des frères.

L’épisode avec Wu Tunan

Un autre jour, Wu Tunan, disciple de Wu Jianquan et de Yang Shaohou, vint chez Sun Cunzhou et voulut « tester » son tai-chi. Sans prévenir, il lança une attaque. D’un seul geste, Sun Cunzhou l’envoya rouler sous la séparation de la pièce.

La déflagration fit accourir sa femme, croyant qu’il s’agissait d’un accident. Sun aida Wu Tunan à se relever et demanda :

— « Tu veux réessayer ? »

Wu Tunan partit sans un mot.

L’épisode du « saut suspendu »

À Shanghai, peu après une démonstration nationale, Sun Cunzhou s’exerça chez Yang Shiyuan, avec Guo Shiquan, professeur du Musée central des arts martiaux. Guo était robuste, connu pour sa vitesse et sa force. Au cours de l’échange, Sun Cunzhou fit un bond tel qu’il resta un instant suspendu dans les airs avant d’atterrir lentement.

Tous les témoins furent stupéfaits. Ce contrôle du corps — combinaison de force interne, relâchement et souffle — était alors considéré comme inimaginable.


Le refus de la célébrité

À cette période, Gu Liuxin, directeur du Palais des Sports de Shanghai, apprit que Sun Cunzhou était en ville. Enthousiasmé, il fit immédiatement afficher des posters annonçant :

« Le maître des arts martiaux Sun Cunzhou fera une démonstration demain soir au Palais des Sports. »

Mais Sun Cunzhou n’avait jamais été prévenu.

Avant qu’on puisse l’obliger à monter sur scène, il demanda à Zhi Xietang :

— « Achète-moi le billet de train le plus tôt possible pour Pékin. »

Le lendemain, il était déjà parti.

Gu Liuxin, vexé, s’en plaignit. Chu Guiting lui répondit :

— « Si tu ne l’avais pas exposé ainsi, il serait resté deux jours de plus. Ce n’est pas un homme qui aime se montrer. »

Pour Sun Cunzhou, l’art n’avait rien à voir avec la publicité.


Sa mort (1963)

En août 1963, Sun Cunzhou fut soudain pris d’un malaise. Son fils Sun Baoheng, médecin, diagnostiqua un infarctus du myocarde et le conduisit en urgence à l’hôpital de l’Université de Pékin.

Comme il faisait très chaud dans la voiture, Sun Cunzhou sortit et voulut marcher seul jusqu’à l’entrée. Il refusa qu’on l’aide :

— « Ce n’est pas nécessaire. »

En montant les marches, il s’effondra. Lorsque l’infirmière arriva avec une civière, il était déjà décédé.

Il avait 70 ans.

Selon sa famille, il n’avait jamais eu d’infarctus auparavant. On pense que :

  • sa profonde tristesse après la guerre,

  • son isolement,

  • son inquiétude politique,

  • et sa consommation d’alcool,

avaient fragilisé sa santé. Une grippe virale finit d’affaiblir son cœur.

Sa mort ne fut donc pas un accident, mais l’aboutissement d’années de tension intérieure.


Héritage disciplinaire

Sun Cunzhou eut très peu de disciples, car il était extrêmement exigeant. Parmi ceux capables d’hériter réellement de son enseignement :

  • Sun Baoheng, son fils (孙宝亨 1933 – 2014)

Tous les deux perpétuèrent l’art du style Sun.

Héritage moral

Beaucoup de ses élèves se souvenaient de lui non seulement pour son kung-fu, mais pour sa droiture.
Zhang Lie, l’un de ses étudiants, raconta :

« Je me battais pour les autres, j’étais presque devenu un mercenaire. Quand Sun Cunzhou l’a appris, il m’a dit :
Je ne veux pas que mes élèves deviennent des voyous.
Cette phrase a changé ma vie. »

Plus tard, lorsqu’il terminait ses études, Sun Cunzhou lui écrivit une phrase qu’il garda toute sa vie :

« Dans les affaires du monde, la réflexion est essentielle ;
la bienveillance est essentielle ;
l’action doit être fondée sur les faits ;
la stratégie vient des autres ;
la décision vient de soi. »

Zhang Lie déclara :

« Ses paroles ont influencé toute ma vie. »


Contributions majeures de Sun Cunzhou

Sun Cunzhou laissa cinq contributions fondamentales aux arts martiaux :

1. L’esprit des arts martiaux chinois

Il identifia cinq caractéristiques morales :
autodiscipline, courage, modération, humilité, et noblesse d’esprit.
L’entraînement n’avait pas pour but de combattre, mais d’élever l’être humain.

2. Une méthode technique claire

Il structura l’art martial autour de :

  • la nature (ziran) — rester conforme au corps et à la réalité,

  • la simplicité — éliminer le superflu,

  • l’harmonie — coordonner corps, souffle, intention,

  • l’efficacité — viser l’utilisation réelle,

  • la modération — ne jamais dépasser la mesure.

3. La théorie de la force interne

Il expliqua comment sublimer toutes les forces externes (musculaires, mécaniques) en force interne unifiée, fondée sur :

  • la structure corporelle,

  • l’intention,

  • le souffle.

4. Le « système trois-trois »

Un modèle en trois niveaux :
technique → enseignement → effet,
chacun composé de trois étapes, formant un système de progression cohérent.

5. L’union du civil et du martial

Pour lui, la pratique devait combiner :

  • culture (littérature, art, pensée),

  • et martial (discipline, efficacité, courage),

afin de former un être humain complet.
Sans vertu, disait-il, le kung-fu n’est rien.


Conclusion

Dans toute sa génération, peu — peut-être aucun — n’égalèrent Sun Cunzhou en :

  • maîtrise réelle du combat,

  • profondeur technique,

  • force interne,

  • vision morale,

  • humilité.

Il refusa la gloire, refusa les disciples faciles, refusa de se montrer.

Il laissa une phrase qui résume sa vie :

« Le véritable art ne cherche pas les regards. »

Et c’est précisément ainsi qu’il est devenu une légende.


Tsingtao une bière, une histoire (青島)

TSINGTAO UNE BIERE PAS COMME LES AUTRES

La ville de Qingdao, située sur les rives de la mer Jaune au Nord-Est de la Chine, a été conquise en 1897 par la flotte allemande qui y a établi une base navale. En 1898, la ville fut cédée à l’Allemagne par les Mandchous pour 99 ans. À l’occasion de cette colonisation, les Allemands établirent, dès 1903, pour leurs besoins personnels, la brasserie de Qingdao (青岛啤酒廠 / 青島啤酒廠). Le 15 août 1903, la Deutsche Bank a levé un capital social de 400 000 dollars mexicains en argent, et les hommes d’affaires allemands et britanniques de la Hong Kong Anglo- Germanic Beer Company ont créé conjointement la Germanic Beer Company Tsingtao Co., Ltd. à Qingdao. La capacité de production annuelle est de 2 000 tonnes, produisant de la bière légère et de la bière brune. En conséquence, le prédécesseur de la brasserie Tsingtao est entré sur la scène de l’histoire et a ouvert le prélude au siècle de la brasserie Tsingtao. La brasserie Tsingtao est l’une des premières entreprises de production de bière. À l’époque de la République de Chine, « boire de la bière Tsingtao » était l’une des choses les plus modernes de l’époque.

Le 7 novembre 1914: la garnison allemande de Tsingtao, sur la côte chinoise, capitule devant l’armée japonaise. les Chinois la récupérèrent en 1922. La production fut par la suite reprise par les Chinois, après la Seconde Guerre mondiale. Cent ans après, l’unique bataille de la Première guerre mondiale en Asie orientale continue de nourrir la tenace animosité entre Pékin et Tokyo.

vieilles photos de la brasserie Tsingtao datée vers 1904

Loin des tranchées, le siège de Tsingtao (aujourd’hui Qingdao), bataille méconnue de la Grande guerre, n’a fait que quelques centaines de morts — peu par rapport au carnage en Europe.

Mais l’évènement témoigne de l’impuissance de la jeune République chinoise, née en 1911, devant les affrontements étrangers sur son sol.

Il aura d’importantes répercussions: l’Allemagne perdit un territoire stratégique de son empire au profit du Japon, qui conforta ainsi ses visées expansionnistes en Asie. La nouvelle donne contribuera puissamment au sursaut de la conscience nationale chinoise.

L’anniversaire du siège de Tsingtao intervient alors que le Premier ministre japonais Shinzo Abe est attendu à Pékin à l’occasion du forum annuel de l’Apec, réunissant les dirigeants de l’Asie-Pacifique.

« C’est une petite bataille, relativement oubliée, mais extrêmement emblématique de la manière dont des puissances étrangères s’arrachaient des territoires chinois sans se soucier de la Chine », a souligné l’historien britannique Jonathan Fenby, dans une récente conférence à Pékin.

Surtout, le siège de Tsingtao allait intensifier l’hostilité des relations entre Pékin et Tokyo, a-t-il indiqué.

Villas, bière et base navale

Lorsque la guerre éclate à l’été 1914, la Chine connait déjà une période de graves troubles après l’effondrement de la dynastie impériale Qing. Des parties du pays –ports ouverts et concessions– sont sous le contrôle de puissances occidentales.

Ayant rejoint tardivement les aventures coloniales, l’Allemagne avait obtenu en 1897 Tsingtao, port sur la mer Jaune dans l’est de la Chine, dont elle fera l’une de ses bases navales dans l’Asie-Pacifique (à côté de la Nouvelle-Guinée et des îles Samoa et Marshall).

Villas de pierres grises et bâtiments d’architecture germanique sur des collines plantées de pin dominent toujours la vieille ville de Qingdao –connue mondialement pour sa bière de marque « Tsingtao », autre héritage légué par les Allemands.

A la même époque, le Japon est une puissance en pleine modernisation, confortée par ses victoires militaires éclatantes sur la Russie tsariste et la Chine impériale.

Appelé à soutenir le Royaume-Uni, son allié, le Japon lance rapidement ses troupes, appuyées de navires britanniques, à l’attaque de Tsingtao.

Les hostilités débutent fin août, mais le siège ne commence que le 31 octobre: huit jours plus tard, les militaires allemands hissent le drapeau blanc, et les autorités japonaises s’installent dans la ville.

Un souvenir cuisant pour la Chine: « A l’époque, les Japonais étaient prêts à nous chercher querelle, tout comme Shinzo Abe » – l’actuel Premier ministre japonais, accusé par Pékin de glorifier le « passé militariste » de son pays -, s’indigne un vieil homme dans un parc de Qingdao.

Le transfert de pouvoir sera entériné en 1919 par le Traité de Versailles, qui, en donnant aux Japonais un contrôle élargi sur la péninsule du Shandong, où se trouve Qingdao, scandalisera la Chine et jettera dans la rue une jeunesse indignée.

Humiliation nationale

L’occupation japonaise (1937-1945) renforça le sentiment d’humiliation en Chine, et ce lourd passif n’a cessé d’envenimer depuis les relations avec le Japon, accusé par Pékin de ne pas assumer « son passé d’agression ».

Noriyuki Nakama, homme d’affaires japonais en visite à Qingdao, pense qu’il faut remettre en contexte le siège de 1914: « Le Japon avait peur du colonialisme occidental, cela l’a poussé à vouloir accroître sa puissance et s’étendre (…) c’était sans doute difficilement évitable ».

Aujourd’hui, aucune rencontre formelle entre le Premier ministre nippon et le président chinois Xi Jinping n’est attendue à Pékin: la Chine « jouera son rôle pour recevoir tous ses hôtes » à l’Apec, mais le Japon « doit se confronter aux problèmes existants » et « faire preuve de sincérité », a insisté le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.

Dans un parc de Qingdao, une inscription indique en grands caractères: « N’oubliez jamais l’humiliation nationale » — dans la ligne des slogans patriotiques et volontiers anti-nippons du Parti communiste.

« Tous les Chinois savent parfaitement que les relations sino-japonaises sont exécrables », commente Zhu Yuhua, un expert culturel rencontré au musée de Qingdao dédié à 1914. « C’est une évidence ».

En 1949, Qingdao fut libérée et la brasserie reçut son nom de famille, « Brasserie publique Tsingtao ». Cependant, à cette époque, le houblon était encore dépendant des importations américaines.

En 1950, sur le site expérimental du houblon à Licun, Qingdao, le premier houblon chinois est enfin né. Jusqu’à présent, la brasserie Tsingtao a finalement achevé sa localisation et surmonté tous les obstacles pour devenir une marque de renommée mondiale et la fierté de la Chine. La brasserie Tsingtao a tourné la première publicité cinématographique en Chine et a été une véritable pionnière de cette tendance.

Une bouteille de bière « relie » le monde pour ouvrir la vie de la brasserie Tsingtao

À l’heure actuelle, l’activité principale de la brasserie Tsingtao est la fabrication et la vente de bière. Ses produits comprennent principalement la brasserie Tsingtao, qui se positionne comme une bière de milieu à haut de gamme, et la bière Laoshan, qui se positionne comme une bière bas de gamme. La brasserie Tsingtao est l’entreprise la plus rentable de l’industrie brassicole chinoise. Selon le classement de la production, la brasserie Tsingtao a été classée sixième plus grand fabricant de bière au monde par le rapport Barthur, un rapport faisant autorité sur l’industrie mondiale de la bière. Aujourd’hui, la brasserie Tsingtao est exportée dans plus de 100 pays et régions du monde. On peut dire qu’une bouteille de bière relie le monde.

DE NOS JOURS

En 1994 et 1995, Tsingtao acquiert les entreprises brassicoles Yangzhou Brewery et Xi’an Hans Brewers.

Entre 1997 et 2004, Tsingtao acquiert une quarantaine d’entreprises brassicoles en Chine, augmentant fortement sa taille.

En 2005, le groupe américain Anheuser-Busch (ou AB) qui détenait 5 % des parts du groupe augmente sa part de capital à 27 %, pour 182 millions de dollars US. InBev rachète ces 27 % en .

Depuis Anheuser-Busch InBev a vendu sa participation, le japonais Asahi détient environ 20 % de Tsingtao, alors que Suntory a signé avec elle un partenariat visant à créer deux coentreprises à Shanghai. En , Fosun prend une participation de 17,90 % dans l’entreprise brassicole Tsingtao pour 844 millions de dollars, participation vendue par Asahi.

Comment s’y rendre

Si vous souhaitez visiter la brasserie de Qingdao, prenez la ligne de bus n° 205, 217, 221 ou 604 et descendre directement au musée.

Horaires et Tarifs

Le droit d’entrée au musée est de 60 RMB de mai à octobre et 50 RMB de novembre à avril.

Horaires d’ouverture :
De juillet à septembre : 08h00 à 18h00
De octobre à juin : 08h30 à 17h30

Wong Feihung (黃飛鴻)

Il est bon de noter qu’il n’existe pas de portrait de Wong Feihung et que la photo qui circule (comme ici) sur Internet est celle de l’un de ses fils, qui lui ressemblait le plus. En effet, la maison où il habitait ayant été brûlée par un gang rival de Foshan, les photos le furent également. Un éditeur prit une photo, avec l’accord de la femme de Wong Feihung, de l’un de ses fils, avec le devoir de préciser qu’il s’agissait d’une ressemblance et non de son mari. L’éditeur (M. Leung) a, semble-t-il, omis cette anecdote.

Wong Feihung (黃飛鴻), né Wong Sek-cheung et surnommé Tat-wun, est né le 9 juillet 1847 et décédé le 17 avril 1925. Sa renommée récente est due au fait qu’il est devenu le protagoniste de nombreux films et séries télévisées d’arts martiaux. Même s’il était considéré comme un expert du style Hung Gar, sa véritable renommée publique était liée à son activité de médecin : il pratiquait et enseignait l’acupuncture, le Dit Da et d’autres formes de médecine traditionnelle chinoise dans la désormais célèbre école Po Chi Lam (寶芝林), une clinique médicale à Canton (Guangzhou), province de Kwangtung (Guangdong).
Un musée dédié à ce célèbre héros a été construit dans sa ville natale, à Fatshan (Foshan), Kwangtung.

Enseigne de Po Chi Lam.

Nom alternatif 

Le prénom original de Wong était Sek-cheung ou Xixiang (锡祥) avant d’être changé en Fei-hung. Son nom de courtoisie était Dat-wan ou Dayun (錫祥), que l’on pourrait traduire par « atteindre les nuages ».

Un nom de courtoisie est un nom traditionnellement donné aux hommes chinois à l’âge de 20 ans, marquant leur passage à l’âge adulte.

LA VIE

Wong est né dans le hameau de Luzhou, village de Lingxi, qui fait aujourd’hui partie de la ville de Foshan, province du Guangdong, sous le règne de l’empereur Daoguang, durant la dynastie Qing.

À l’âge de cinq ans, Wong a commencé à apprendre le Hung Gar (洪家拳) auprès de son père, Wong Kei-ying. Il accompagnait souvent ce dernier lors de voyages de Foshan à Guangzhou, capitale de la province du Guangdong, où son père colportait des médicaments et pratiquait les arts martiaux dans les rues.

À l’âge de treize ans, il rencontra Lam Fuk-sing (林福成), un apprenti surnommé « Les trois ponts de fer », dans une rue de Foshan. Lam lui enseigna l’utilisation de la fronde ainsi que les mouvements essentiels d’une pratique martiale appelée Tiě xiàn quán (鐵線拳), le « Poing en fil de fer ».

Wong Feihung apprit ensuite auprès du maître de son père, son oncle Luk Ah Choi, avant que son père ne reprenne l’enseignement. Plus tard, il apprit le « Coup de pied sans ombre » de Sung Fai-tong (宋輝鏜) lors d’un combat.

Wong Feihung était très aimable, comme son père, et se fit de nombreux amis dans les milieux martial et médical, notamment parmi les fameux « Dix Tigres du Guangdong ». Grâce à ces amitiés et à ces rencontres fortuites, il fut exposé à une grande quantité de connaissances, généreusement partagées avec lui. Pour cette raison, il fut capable d’améliorer les enseignements de son père et de formuler un style comprenant une grande partie de ce que l’on retrouve aujourd’hui dans les styles du sud de la Chine.

Le coup de pied sans ombre (無影腳), également appelé « coup de pied fantôme », est une technique de coups de pied du répertoire Hung Gar. Elle a été rendue célèbre par Wong Feihung, réputé pour l’avoir utilisée avec efficacité.

En 1863, Wong ouvrit une école d’arts martiaux à Shuijiao (水腳), à Saikwan, dans la ville de Guangzhou. Ses étudiants étaient principalement des ouvriers du métal et des vendeurs de rue.

En 1886, Wong ouvrit la clinique médicale familiale, Po Chi Lam (寶芝林), à Ren’an, qui fait aujourd’hui partie de la route Xiaobei.

Selon la légende, dans les années 1860 ou 1870, Wong fut recruté par Liu Yongfu (劉永福), le commandant de l’Armée du Pavillon Noir, pour être médecin et instructeur d’arts martiaux auprès des soldats réguliers et de la milice locale à Guangzhou. Il accompagna également l’Armée du Pavillon Noir pour combattre l’Armée impériale japonaise lors de l’invasion de Taïwan (ancienne Formose) en 1895.

Il devient très vite connu et respecté pour sa forte personnalité, son honnêteté et ses valeurs morales. Sa célébrité l’amènera à devenir l’instructeur de l’armée de Canton ainsi que le dirigeant de la milice civile. Il aurait acquis son renom de héros après avoir combattu et vaincu à lui seul un gang de trente-six hommes de la secte du lotus blanc. Sans compter ses compétences en kung-fu et en médecine, il était également célèbre pour l’excellence de sa danse du lion et on faisait référence à lui comme le « Roi des lions » où il représenta l’école de son père au grand tournoi de Pékin.

Liu Yongfu (劉永福), né le 10 octobre 1837 à Qinzhou dans le Guangdong et mort en janvier 1917, était un soldat de fortune chinois, commandant de l’armée des Pavillons noirs, d’anciens rebelles Taiping commandés par Liu Yongfu (1837-1917, Lưu Vĩnh Phúc ou Lưu Vĩnh Phước en vietnamien). Ils furent expulsés de Chine en 1864 vers le Tonkin, après l’écrasement de leur révolte (1850-1864). Les Annamites les utilisèrent contre les tribus des montagnes, entre le fleuve Rouge et la rivière Noire. À ce titre, Liu Yongfu obtint un rang officiel à la cour. Les Pavillons noirs harcelèrent ensuite les Français sur le fleuve Rouge. Un corps expéditionnaire commandé par Henri Rivière fut envoyé en 1881 : c’est la guerre franco-chinoise (1881-1885). Les Pavillons noirs combattirent alors avec les troupes impériales chinoises contre les Français (les impériaux toléraient ces anciens rebelles à condition qu’ils restent en dehors de la Chine). Ils participèrent notamment au siège des troupes françaises (principalement la Légion étrangère) à Tuyên Quang en 1885, au Tonkin.

À la fin de la guerre, en juin 1885, Liu Yongfu rentra en Chine et les Pavillons noirs furent officiellement dissous. La plupart se transformèrent alors en bandits, continuant à harceler les Français pendant plusieurs années. L’une de leurs troupes pilla notamment Luang Prabang en 1887. En 1895, Liu Yongfu devint le dernier chef de gouvernement de Formose avant l’occupation japonaise.

En 1912, la République de Chine fut créée suite à l’effondrement de la dynastie Qing. Au cours des premières années chaotiques de l’ère républicaine, de nombreux hommes d’affaires exploitant des lieux de divertissement à Guangzhou décidèrent d’embaucher des gardes (ou des videurs) pour protéger leurs établissements en cas de problème. Comme Wong avait été formé aux arts martiaux, il fut engagé par diverses entreprises pour assurer ce rôle.

En 1919, lorsque la Chin Woo Athletic Association ouvrit une succursale à Canton, Wong fut invité à se produire lors de la cérémonie d’ouverture. La même année, Wong Hon-sam, l’un des fils de Wong, qui travaillait comme garde du corps à Wuchow, fut assassiné par un rival connu sous le nom de « L’œil du diable » Leung (鬼眼梁), apparemment jaloux que Wong Hon-sam soit meilleur que lui en arts martiaux. Wong fut tellement affecté par cet incident qu’il cessa d’enseigner les arts martiaux à ses neuf autres fils.

Entre août et octobre 1924, la clinique médicale de Wong, Po Chi Lam, fut détruite lorsque le gouvernement nationaliste réprima le soulèvement du Corps des marchands volontaires de Guangzhou. Wong fut si abattu et affecté par la perte de Po Chi Lam qu’il tomba dans la dépression et tomba malade. Il mourut de maladie le 17 avril 1925 à l’hôpital Chengxi Fangbian (城西方便醫院), emplacement actuel de l’hôpital du Premier Peuple de Guangzhou (廣州市第一人民醫院), sur Panfu Road, dans le district de Yuexiu à Guangzhou.
Il fut enterré au pied de la montagne Baiyun (白云山). L’emplacement actuel de sa tombe est inconnu. On pense également que sa tombe, ainsi que d’autres de ce cimetière, ont été supprimées depuis longtemps en vue de futurs aménagements.


VIE DE FAMILLE

Il se maria quatre fois et eut neuf enfants. Ses trois premières femmes moururent jeunes et nous n’avons que peu d’informations à leur sujet. Sa quatrième épouse était Mok Kwai-lan. Avec ses fils, ainsi qu’avec ses élèves Lam Sai-wing (林世榮 : 1861-1943) et Dang Sai-king (鄧世瓊, 1877 ou 1879–1955), elle déménagea à Hong Kong où ils ouvrirent des écoles d’arts martiaux.

Mok Kwai-lan (莫桂蘭 15 octobre 1892 – 3 novembre 1982)

 

Lam Sai-wing, né en 1860 et décédé en 1943, est le plus célèbre des élèves de Wong Fei-hung, un maître de hung-gar un style de kung fu.

 

Deng Fang (1879-1955), un artiste martial chinois, est né dans le comté de Sanshui, connu sous le nom de « Vieux Tigre de Xiguan ».

Techniques d’entraînement

Les techniques et les méthodes d’entraînement du style hung-gar ont très peu évolué au cours des siècles. Ce style repose sur l’étude de cinq animaux : le tigre, la grue, le léopard, le dragon et le serpent. Chaque animal possède ses propres caractéristiques, selon ses qualités et son importance : le tigre correspond à la puissance, à la force et au courage ; la grue à l’agilité et à la vigilance ; le léopard à la vitesse ; le dragon au contrôle et à la qualité spirituelle ; le serpent à la puissance et à la force intérieure.

Après vingt années de pratique, il développe un enchaînement appelé les « dix formes de poing », ainsi que « le poing à motif double » et enfin le sup juet sao, connu sous le nom de « dix mains meurtrières » ou « dix poings spéciaux », une technique qui combine dix positions de combat individuel : dragon, tigre, grue, serpent, léopard, bois, métal, terre, feu et eau. Le sup juet sao est issu du fu hok sok ying kuen (Boxe de la grue et du tigre).

C’est une série de dix principes que Wong Fei-hung considérait comme les méthodes destructrices les plus efficaces du hung-gar. Son efficacité permit à Wong de devenir un véritable héros en Chine, lui qui ne perdit jamais un combat de toute sa vie.

Ces grands principes sont :
– attaquer les yeux,
– couper la respiration,
– casser le visage,
– exploser les oreilles,
– briser les reins,
– tordre les tendons,
– casser les doigts,
– disloquer les articulations,
– casser les coudes,
– troubler le système nerveux.

Cette technique étant trop dangereuse, elle n’était enseignée qu’à un nombre restreint de disciples.

Wong Fei-hung semble également avoir été très doué pour le maniement des armes, sa spécialité étant le bâton long de bois, avec lequel il vainquit le gang d’une trentaine de combattants, ainsi que le trident.

Soldats maniant la fourche du tigre et le bouclier en rotin.

Films sur Wong Fei-hung

Wong Fei-hung, considéré comme le Robin des Bois chinois, est devenu un héros légendaire, et de nombreux films hongkongais sont basés sur son histoire. Au total, plus de cent films traitent de la vie de Wong Fei-hung, mais seuls huit acteurs ont interprété ce rôle.

Kwan Tak-hing fut le premier à incarner ce héros au cinéma en 1949. Il joua ce rôle pendant vingt et un ans dans une série, créant ainsi la plus longue saga de l’histoire du cinéma, avec plus de quatre-vingt-cinq films. Il continua à interpréter Wong Fei-hung dans quelques films supplémentaires pendant encore onze ans.

Jackie Chan interpréta Wong Fei-hung dans Le Maître chinois (1978) et sa suite Combats de maître (1994). Plus récemment, dans Le Tour du monde en quatre-vingts jours (2004), son personnage Passepartout est secrètement présenté comme le frère de Wong Fei-hung, lequel est joué par son ami Sammo Hung.

Jet Li joua Wong Fei-hung dans les épisodes 1, 2, 3 et 6 de la série Il était une fois en Chine. Dans les épisodes 4 et 5, il est remplacé par Chiu Man Cheuk. Jet Li interpréta également ce rôle dans Last Hero in China.

Donnie Yen interpréta Wong Fei-hung dans Hero Among Heroes. Il avait auparavant joué le père de Wong Fei-hung dans Iron Monkey : La légende démasquée, de Yuen Woo Ping, où le jeune Wong Fei-hung était incarné par Sze-Man Tsang.

Gordon Liu joua également Wong Fei-hung dans Le Combat des maîtres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quartiers asiatiques de Paris (巴黎唐人街)

Quartiers asiatiques de Paris

Nom chinois
Chinois 巴黎唐人街
Traduction littérale Chinatown de Paris

Les tours des Olympiades.

Les quartiers asiatiques de Paris sont des quartiers parisiens où est représentée une part importante de population d’origine asiatique avec des commerces et restaurations en lien avec leurs cultures d’origine.

Le plus grand est le « triangle de Choisy », situé dans le 13e arrondissement de Paris entre les avenues de Choisy, d’Ivry et le boulevard Masséna, ainsi que sur la dalle des Olympiades et dans les rues environnantes. Y vivent principalement des populations d’origine chinoise, vietnamienne, cambodgienne, laotienne, qui tiennent la plupart des commerces du quartier. La majorité de ces populations habitent les tours de la porte de Choisy, de la porte d’Ivry et des Olympiades. Parmi ces habitants, on compte également des Chinois venus de Polynésie française et de Guyane française mais également diverses ethnies vietnamiennes, sino-vietnamiennes, sino-indonésiennes provenant de Nouvelle-Calédonie. Son influence s’étend également au sud vers Ivry et Vitry.

Le quartier du Temple et le quartier des Arts-et-Métiers sont les plus anciens quartiers chinois de Paris.

Les deux autres quartiers asiatiques de Paris sont situés, l’un à Belleville et le dernier autour des rues Sainte-Anne et des Petits Champs pour les Japonais et les Coréens

Description

Triangle de Choisy

La carte du Triangle de Choisy et des Olympiades, Paris.

  • Triangle de Choisy
  • Les Olympiades

Le quartier asiatique du 13e arrondissement occupe surtout le triangle formé par l’avenue de Choisy, l’avenue d’Ivry et le boulevard Masséna, ainsi que les rues environnantes et la vaste dalle des Olympiades. Dans ce périmètre, la présence asiatique est forte à cause du quasi-monopole des asiatiques sur les commerces : restaurants, boutiques de bibelots, coiffeurs et magasins d’alimentation dont les deux grands supermarchés Tang Frères (propriété d’un Chinois laotien) et Paristore. Contrairement aux apparences, le quartier n’est pas habité majoritairement par des Asiatiques, mais il sert de lieu de rendez-vous à l’ensemble des communautés de culture chinoise et indo-chinoise d’Île-de-France. On y trouve ainsi le siège de plusieurs institutions telles que l’Association des résidents en France d’origine indo-chinoise.

Le jour du Nouvel An chinois a lieu une grande parade qui traverse les rues animées par les danses des lions et des dragons.

Le quartier asiatique du 13e ne présente pas une architecture pittoresque comme le Chinatown de Londres ou celui de San Francisco, et les toits en forme de pagode du centre commercial des Olympiades n’ont pas de rapport avec la présence des Asiatiques car cet ensemble a été construit avant leur arrivée.

Située dans le quartier, la médiathèque Jean-Pierre-Melville est spécialisée dans les langues asiatiques. Il faut aussi citer la présence, non loin, de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations.

Quartiers chinois

Belleville

D’autres quartiers parisiens, tels que le quartier de Belleville (principalement une partie du boulevard et la rue de Belleville), concentrent également une population asiatique d’origine chinoise venue de l’ancienne Indochine française mais surtout venant de Chine continentale (en particulier de la ville de Wenzhou, Zhejiang).

Quartier des Arts-et-Métiers

Un autre quartier chinois, plus ancien mais moins visible, occupe le 3e arrondissement (rue au Maire et rue Volta, plus résidentielles et offrant quelques lieux de cuisine chinoise authentique, rue du Temple et rue des Gravilliers, plus commerciales). Sociologiquement séparé des autres quartiers asiatiques de Paris, ce quartier est habité de personnes originaires de Chine, souvent de la région de Wenzhou, qui travaillent généralement dans le commerce en gros de maroquinerie et de bijouterie fantaisie, et dans les industries textiles ou d’import-export du quartier.

Quartiers japonais et coréen

Quartier de la rue Sainte-Anne

Enfin, un quartier japonais, puis coréen, qui offre de nombreuses boutiques et restaurants spécialisés, s’est développé à partir des années 1990 aux alentours du croisement des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, à cheval sur les 1er et 2e arrondissements, à partir de l’Office national du tourisme japonais et de Japan Airlines situés au 4, rue de Ventadour.

15e arrondissement

Le 15e arrondissement de Paris, qui présente une communauté coréenne, a établi des liens institutionnels avec Seocho-gu à Séoul. De nombreux magasins ou restaurants y sont également implantés. De plus, la mairie organise chaque année le Festival coréen.

Histoire

Origines

Initialement, la plus ancienne communauté chinoise est celle du quartier des Arts-et-Métiers, rue Volta et rue au Maire, qui vit une première famille s’installer dans le quartier dans les années 1900. Essentiellement dans les métiers de la maroquinerie, les activités artisanales ont subsisté jusque dans les années 1990, remplacées ensuite par des activités commerciales.

Le premier restaurant chinois parisien ouvre en 1912 dans le Quartier latin: il s’agit de L’Empire céleste, toujours en activité, situé au 5, rue Royer-Collard.

Les Chinois travaillant pour les Alliés pendant la Première Guerre mondiale et qui restent en France après le conflit s’installent dans le 3e arrondissement.

Un petit quartier chinois s’est aussi constitué autour de la gare de Lyon à la fin de la Première Guerre mondiale. La raison en est que c’est par cette gare que les travailleurs chinois ramenés de Chine pour suppléer aux bras manquants de la Grande Guerre (usines, travaux agricoles, ouvrages militaires comme les tranchées, etc.) devaient être rapatriés via Marseille et que certains ne voulant pas retourner en Chine se sont établis dans ce quartier.

Dans les années 1920, quelques étudiants chinois se sont installés dans le 13e arrondissement, où ils ont créé avec Zhou Enlai la section française du Parti communiste chinois.

Après la Seconde Guerre mondiale, des Chinois de l’îlot Chalon (situé près de la gare de Lyon) reprennent des ateliers du quartier des Arts-et-Métiers et du Marais, abandonnés par les Juifs victimes de la déportation. Ils sont pour la plupart originaires de Wenzhou (province du Zhejiang, près de Shanghai, où la France possède une concession jusqu’en 1946), d’où le surnom actuel de « Little Wenzhou ». En 1949, la Chine populaire de Mao Zedong ferme ses frontières et le nombre de Chinois à Paris stagne jusqu’aux années 1980. La communauté chinoise (et non asiatique, comme dans le 13e arrondissement, qui couvre plusieurs pays d’origine), continue à être vivante dans les années 2010.

Vagues d’immigration

Toutefois les premières vagues d’immigration asiatique massive ont commencé au milieu des années 1970, avec les réfugiés fuyant la situation politique en Asie du Sud-Est (guerres au Viêt Nam, au Laos, et au Cambodge, suivies de l’arrivée au pouvoir des communistes dans ces trois pays). En particulier, les communautés chinoises de ces pays, persécutées, ont grossi les rangs des réfugiés et sont à l’origine de la création de ce « Chinatown ». Originaires du sud de la Chine, leurs dialectes, le teochew et le cantonais, sont encore les plus utilisés dans le quartier. Ils ont choisi le 13e arrondissement en raison de l’abondance de logements disponibles : les tours venaient d’être construites dans le cadre de l’opération Italie 13, mais elles n’avaient pas rencontré le succès escompté auprès du public visé, les jeunes cadres parisiens. De ce fait, les tours étaient vides d’occupants. Par la suite, d’autres vagues de réfugiés ou d’immigrés ont créé dans le quartier des communautés cambodgiennes, laotiennes, thaïlandaises. Des Chinois nés en Chine sont aussi arrivés ces dernières années. Le quartier est souvent considéré comme une étape transitoire lors de l’arrivée en France. Les personnes arrivées dans les premières vagues d’immigration sont, dans beaucoup de cas, parties vivre dans d’autres quartiers ou en banlieue.

L’immigration asiatique a dû faire face au début à une certaine méfiance de la part des habitants du quartier, mais les nouveaux venus ont été assez largement acceptés. Ils apportaient des commerces et de la vitalité au quartier. En occupant les tours du quartier Choisy-Ivry, ils ont sauvé de l’échec une opération immobilière qui n’avait pas réussi à séduire les cadres parisiens.

La prostitution chinoise à Paris s’est développée à partir des années 1990. Elle se situe principalement sur les trottoirs de certains quartiers, où les prostituées sont surnommées « les marcheuses », et dans des salons de massage.

En 2016, la communauté chinoise francilienne (une grande partie des 600 000 à 700 000 personnes d’origine chinoise vivant en France, originaires notamment de Wenzhou) sont propriétaires de 45 % des bars tabacs franciliens (contre 25 % en 2005) et rachètent 50 % des établissements mis en vente dans la région francilienne, concurrençant en cela les historiques bougnats. Ils sont pour la plupart issus de la deuxième génération de migrants, dans la mesure où il faut posséder la nationalité française pour devenir propriétaire d’un débit de tabac. Ils bénéficient d’une bonne organisation et d’une entraide financière au sein de leur communauté, même si des rumeurs de blanchiment d’argent existent.

Particularités

 

Une pagode bouddhiste gérée par lest située sur la dalle des Olympiades, derrière la tour Anvers juste à côté de la galerie commerciale Oslo (entrée nord).

  • Un second temple bouddhiste, géré par l’Association des résidents en France d’origine indochinoise est situé rue du Disque(rue couverte liée au parking souterrain) sur la gauche de la rue souterraine dont la sortie débouche sur l’avenue d’Ivry. Le temple est dédié à la divinité Bodhisattva Guanyin.

 

Bodhidharma (達摩)

Bodhidharma (達摩)

« Le zen va droit au cœur. Vois ta véritable nature et deviens Bouddha. »

Bodhidharma (sanskrit en devanāgarī : बोधिधर्म « enseignement de sagesse » ; chinois simplifié : 菩提达摩, pútídámó ou 達摩, dámó fin du ve et début du vie siècle), moine bouddhiste persan originaire d’Inde, est le fondateur légendaire en Chine de l’école Chan, courant contemplatif (dhyāna) du mahāyāna, devenue au Japon l’école zen connue en Occident. L’école Chan prétendant remonter au Bouddha, Bodhidharma est considéré comme son 28e patriarche et comme son premier patriarche chinois.

Il existe peu d’informations biographiques qui lui soient contemporaines, et les indications subséquentes ont été surchargées de légendes. Les principales sources chinoises divergent sur ses origines, le faisant venir soit d’Inde ou d’Asie centrale.

Dans tout l’art bouddhique, Bodhidharma est dépeint sous les traits d’un non-Chinois au mauvais caractère, barbu un peu hirsute, aux grands yeux surmontés de sourcils broussailleux et à l’air sombre. Il est surnommé « Le grand voyageur » et « Le barbare aux yeux clairs » (chinois : 碧眼胡 ; pinyin : Bìyǎnhú) dans les textes chán.

En plus des textes chinois, de nombreuses traditions populaires courent sur les origines de Bodhidharma.

Le Nouveau recueil de biographies des moines éminents le fait arriver en Chine durant la dynastie Liu-Song (420-479), opinion retenue par la majorité des spécialistes, mais L’Anthologie de la salle du patriarche situe sa venue sous les Liang (502-557). Toutes les sources s’accordent pour situer l’essentiel de son activité dans le royaume des Wei du Nord.

Biographie

Il n’existe que très peu d’indications solides sur sa vie. Les sources biographiques les moins succinctes sont aussi les plus tardives, ce qui augure mal de leurs fiabilités. La plus ancienne est la brève notice de Tanlin (曇林 ; 506-574), disciple de Huike — ou selon certains, de Bodhidharma lui-même — dans la préface de Deux Entrées et quatre pratiques. Cette dynastie étant considérée par certains comme d’origine indo-iranienne, cela permettrait de réconcilier les informations de Tanlin avec la mention d’un Bodhidharma persan rencontré à Luoyang entre 516 et 526 par Yang Xuanzhi (楊衒之); une autre hypothèse avancée est que le Persan et le premier patriarche du Chan sont deux personnes différentes. La date de 440 a été avancée pour sa naissance.

Selon le Nouveau recueil des biographies de moines éminents (645) de Daoxuan (道宣), il est d’origine brahmane. Il arrive dans le royaume de Nanyue (donc par bateau) sous les Liu-Song (420–479) et traverse le Chang Jiang en direction du royaume des Wei du Nord avant la fin de la dynastie. Selon l’auteur, Bodhidharma serait mort avant 534 au voisinage de la rivière Luo où Huike l’aurait enterré dans une grotte. Certains ont de ce fait émis l’hypothèse qu’il aurait pu mourir lors des exécutions ordonnées à cet emplacement en 528 par l’empereur Xiaozhuang.

Dans l’Anthologie de la salle du patriarche (952), la légende de Bodhidharma est déjà bien constituée. Il est présenté comme disciple de Prajñātāra. Il arrive en Chine en 527 durant la dynastie Liang (502–557) et a avec l’empereur Wudi* une entrevue restée célèbre :

Lorsque l’empereur lui demande combien de mérites il a engrangés par la construction des monastères et par la copie des soutras, Bodhidharma répond : « Aucun mérite ». L’empereur : « Quels sont les vrais mérites ? » Bodhidharma : «  La sagesse pure est merveilleuse et parfaite, son essence est vide et paisible. De tels mérites, on ne peut pas les acquérir par des méthodes mondaines. » L’empereur : « Quel est le sens suprême de la noble vérité ? » Bodhidharma : « La vaste vacuité sans noblesse ». L’empereur : « Qui est devant moi? » Bodhidharma : « Je ne sais pas ».

Wudi des Han

(* Wudi ou Wu-ti fut le nom de plusieurs empereurs de Chine, et désigne en général l’empereur Wudi des Han (-141 à -87). Il peut néanmoins également s’agir de : l’impératrice Wudi (Zhou) (610-705), plus connu sous le nom de Wu Zetian).

L’empereur Wu des Liang étant incapable de comprendre la signification profonde du dharma, Bodhidharma traverse le fleuve Yangzi en 527 et entre dans le royaume des Wei, il s’arrête au monastère Shaolin du mont Song au Henan où il médite pendant neuf ans devant un mur, d’où est venu son surnom de « Brahmane contemplant un mur ».

Selon l’Anthologie, Bodhidharma, mort avant 536, fut enterré sur le mont Xiong’er (熊耳山) à l’est de Luoyang. Néanmoins, trois ans après, un fonctionnaire des Wei occidentaux (534-556) nommé Songyun (宋雲) l’aurait rencontré dans le Pamir alors qu’il cheminait vers l’Inde avec une seule sandale. Il lui prédit la mort prochaine de son souverain. Peu après le retour de Songyun, la prédiction se réalisa. La tombe de Bodhidharma fut ouverte et on n’y trouva qu’une sandale.

Dans La Transmission de la lampe (1004), Daoyuan (道原) prétend que Prajñātāra changea son nom originel de Bodhitāra en Bodhidharma, et qu’il ne mourut pas en Chine mais se mit un jour en route pour l’Inde sans cérémonie, tenant en main une de ses sandales.

Selon la légende Shaolin et Chan, en 475, il se rendait au monastère Shaolin, pour prêcher le Dharma selon la voie du bouddhisme mahāyāna. Mais les moines lui refusèrent l’accès. Il s’assit et fixa son regard sur le mur d’enceinte du monastère. Il y médite pendant 9 ans, en position Zazen. Il parvint (au moins de façon symbolique) à trouer le mur par son regard. Ce qui força le respect des moines et lui permit d’entrer. Il y développa l’enseignement Shaolin. Vers l’an 520, il quitta le monastère et resta en Chine, pour inaugurer le Zen.

Héritage

Philosophie et méditation

Bodhidharma et Huike. Encre sur papier, par Sesshũ, époque de Muromachi, xve siècle, Japon.

Bodhidharma a transmis son enseignement contemplatif à Huike (487-593) en lui confiant les quatre volumes du Soutra de l’Entrée sur l’Ile (sk. Lankāvatārasūtra, ch. Léngjiā ābāduōluó bǎojīng 楞伽阿跋多羅寶經) qu’il jugeait convenable pour délivrer les Chinois, Huike est devenu le deuxième patriarche de l’école de la méditation en Chine. Ce serait en effet le soutra principal des premiers moines Chan selon l’Histoire des maîtres du Lanka (楞伽師資記 Léngjiā shīzī jì) du moine Jingjue (淨覺; 683–750). Ce soutra, qui se rattache à la philosophie yogacara, insiste sur l’importance de dépasser la dualité et l’inutilité du langage pour la transmission du dharma.

                                                                            « Le zen va droit au cœur.
                                                                               Vois ta véritable nature
                                                                               et deviens Bouddha. »

Dans Deux entrées et quatre pratiques et le Nouveau Recueil de biographies des moines éminents, la technique de méditation de Bodhidharma est appelée « contemplation de mur » (壁觀 bìguān). L’auteur du second ouvrage précise qu’il s’agit de « calmer l’esprit » (安心 ān xīn). Ce terme a été interprété littéralement par la tradition, qui décrit Bodhidharma méditant immobile face à un mur pendant plusieurs années. Néanmoins, certains pensent qu’il s’agit d’une expression imagée et que le biguan pourrait être ce que l’on nommera plus tard le zazen (坐禪: zuòchán).

Les légendes : Shaolin et chan

D’après la légende, Bodhidharma aurait créé et enseigné le kung-fu Shaolin aux moines du temple Shaolin, pour les aider à se défendre des animaux et des brigands qui rodaient autour du monastère. Les recherches académiques contestent cette thèse dès le xviiie siècle, et certains historiens datent la création de cette légende au xviie siècle, avec la mention de pratiques physiques à Shaolin (qi gong) dans des passages du Yì Jīn Jīng (estimé postérieur au xviie siècle).

La tradition rattache également Bodhidharma à la création du bouddhisme chan, au temple Shaolin. Les recherches académiques contestent cette thèse légendaire. Même si Bodhidarma avait prêché des doctrines influençant les penseurs Chan, la plupart des historiens considèrent que la désignation de Bodhidharma comme fondateur du Chan n’a pas de caractère historique.

Une légende lie Bodhidharma à la culture du thé : après avoir médité 7 ans immobile face à un mur, il se serait endormi. Pour éviter que cela ne se reproduise, il se serait coupé les paupières. En tombant à terre elles auraient donné naissance à deux plants de thé, bien utile pour maintenir éveillé les pratiquants du zazen.

Une autre légende veut que, après 9 ans de méditation, les jambes et les bras de Bodhidharma auraient pourri, ce qui serait à l’origine des statuettes sphériques de Bodhidharma et des culbutos Daruma au Japon .

L’influence au Japon

Le zen né au Japon hérite du chan chinois, et du son coréen implantés par Bodhidharma, 28ème patriarche notamment au sein de temples voués à la pratique des arts martiaux.

C’est Eisai (1141-1215) qui après un voyage d’étude en Chine va rapporter au Japon cette pratique du chan, bouddhisme zen issu de l’école Rinzai. Il revient au Japon en 1191. Au sein de l’aristocratie japonaise il se heurte aux écoles du bouddhisme japonais apparues aux ixe siècle et au viiie siècle (comme l’école Tendai, Shingon ou encore celle de la terre pure). Ainsi, en 1199 il quitte Kyoto pour la ville de Kamakura où le Shogun et les membres de sa caste de samuraïs accueillent avec enthousiasme ses enseignements zen orientés vers les arts-martiaux. Hôjô Masak, veuve du Shogun Minamoto no Yoritomo, donne à Eisai une autorisation pour construire le temple Jufuku-ji, le premier centre zen à Kamakura.

Dès lors au Japon Bodhidharma (達磨) est appelé Daruma (だるま) qui vient de Dharma et se trouve fort considéré au sein de la caste du bushido . Ainsi dès les débuts de la période Edo et des 250 ans de paix mis en place par le Shogunat Tokugawa, la voie du sabre suivie par les castes de samouraïs s’est tournée plus encore vers le bouddhisme issu du Daruma. Takuan Soho (1573-1645) prélat de la secte Rinzai (auteur notamment de l’Esprit Indomptable, Écrits d’un maître zen à un maître de sabre) côtoya et influença considérablement Yagyu Munenori (Heiho kadensho) et Miyamoto Musashi (Traité des cinq roues) le plus célèbre samouraï du Japon aujourd’hui appartenant au trésor national japonais, artiste et philosophe qui représenta à plusieurs reprises le Daruma.

Autres

En Malaisie, on raconte que Bodhidharma dans son voyage depuis l’Inde aborda à Palembang où il passa un bon moment avant de se diriger vers le nord du pays. Il se serait ensuite rendu au Siam puis dans différentes régions de l’Asie du Sud-Est, propageant la méditation et les arts martiaux, avant de se rendre finalement en Chine.

Trois ans après la mort de Bodhidharma, l’ambassadeur Song Yun du nord de Wei l’aurait vu marcher en tenant une chaussure dans les montagnes du Pamir. Song  demanda à Bodhidharma où il allait, ce à quoi Bodhidharma lui répondit « Je rentre à la maison ». Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il tenait sa chaussure, Bodhidharma a répondu:

« Vous saurez quand vous atteignez le monastère de Shaolin. Ne mentionnez pas que vous m’avez vu ou vous rencontrerez un désastre ».

Après son arrivée au palais, Song dit à l’empereur qu’il avait rencontré Bodhidharma en chemin. L’empereur a déclaré que Bodhidharma était déjà mort et enterré et le fît arrêter pour avoir menti. Au monastère de Shaolin, les moines les ont informés que Bodhidharma était mort et avait été enterré dans une colline derrière le temple. La tombe a été exhumée et s’est avérée contenir une seule chaussure. Les moines dirent alors  » Le Maître est rentré chez lui  » et se prosternèrent trois fois :  » Depuis neuf ans il était resté et personne ne le connaissait ; Portant un soulier à la main il rentra chez lui tranquillement, sans cérémonie

Bibliographie

Attribution de textes

Les historiens ne pensent pas que Bodhidharma ait laissé des traces écrites de son enseignement, ce qui serait d’ailleurs conforme à la notion de transmission du dharma sans recours au langage. Néanmoins, lui ont été attribués :

  • Deux entrées et quatre pratiques (er’ru sixing lun 二入四行論)
  • La Stance de la transmission du dharma sans paroles
  • Sermon de la lignée du sang (xuemai lun 血脈論), japonais : ketsumyaku ron
  • Sermon de la destruction des apparences (poxiang lun 破相論)
  • Sermon de l’éveil (wuxing lun 悟性論)

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