1 Vue

Le taoïsme (道教)

Première partie

Le taoïsme (道教,  « enseignement de la voie ».) est un des trois piliers de la philosophie chinoise avec le confucianisme et le bouddhisme, et se fonde sur l’existence d’un principe à l’origine de toute chose, appelé « Tao ».

Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont le Tao Tö King de Lao Tseu, le Lie Tseu et le Zhuāngzǐ de Tchouang Tseu, et s’exprime par des pratiques qui influencèrent de façon significative tout l’Extrême-Orient, et même l’Occident depuis le xxe siècle. Il apporte entre autres :

  • une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme chán (ancêtre du zen japonais) ;
  • une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ;
  • un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ;
  • un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art.

Ces influences, et d’autres, permettent de comprendre ce qu’a pu être cet enseignement dans ses époques les plus florissantes.

Définition

Le terme « taoïsme » recouvre des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, et même des phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, répartis sur 2 500 ans d’histoire ; il est difficile d’en offrir un portrait unifié de l’extérieur.

La catégorie « tao » est née sous la dynastie Han (-206~220), bien après la rédaction des premiers textes, du besoin de classer les fonds des bibliothèques princières et impériales. Dào jiā 道家 ou dào jiào 道教, « école taoïste », distingue à l’époque une des écoles philosophiques de la période des Royaumes combattants (-500~-220). École est ici à entendre dans son sens grec, voire pythagoricien, d’une communauté de pensée s’adonnant aussi à une vie philosophique ; n’y voir qu’un courant intellectuel est un anachronisme moderne. Mais cette école ne fut sans doute que virtuelle, car ses auteurs, dans la mesure où ils ont vraiment existé, ne se connaissaient pas forcément, et certains textes sont attribués à différentes écoles selon les catalogues.

De plus, les auteurs réunis a posteriori sous la même rubrique « Taoïsme » peuvent avoir sur leurs orientations fondamentales des vues tout à fait opposées : le Laozi contient les principes d’une recherche de l’immortalité alors que le Zhuangzi la critique comme une vanité ; le Laozi est en partie fait de conseils à l’usage du Prince alors que le Zhuangzi est très critique à l’égard de l’action politique, etc. Le taoïsme est donc essentiellement pluriel.

Durant la période des Trois Royaumes (220~265), les termes dào jiā 道家 et dào jiào 道教 divergent, le premier désignant la philosophie et le second la religion. Car la catégorie a vite englobé des croyances et pratiques religieuses d’origines diverses, comme l’évoque Isabelle Robinet dans Histoire du taoïsme : des origines au xive siècle : «…le taoïsme n’a jamais été une religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des révélations originelles diverses […] il ne peut être saisi que dans ses manifestations concrètes ».

Le taoïsme est-il une philosophie ou une religion ? Les deux, peut-on dire. Il a en tous cas toujours eu des expressions intellectuelles tout autant que culturelles, mais en diverses proportions selon les époques, et surtout, les classes sociales. Le parti de cet article est d’abord de fournir quelques repères historiques sur le temps long.
Sont évoquées les conceptions antiques du Zhuangzi (Tchouang Tseu) et du Dao De Jing (Tao Te King), car ces textes continuent d’inspirer la pensée chinoise, ainsi que l’occident, avec des thèmes comme le Dao, la critique de la pensée dualiste, de la technique, de la morale ; dans un éloge de la nature et de la spontanéité. On trouvera aussi un exposé sur les pratiques taoïstes, concentré sur le Moyen Âge chinois (les six dynasties, 200~400). La période permet de révéler des techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie, des rites collectifs.
Leur élaboration a commencé bien avant et s’est poursuivie ensuite, mais ce moment permet d’en offrir un tableau plus riche, et plus attesté. Il en résulte un panorama large, fondé sur des textes et des commentaires récents, afin que chacun puisse se faire son idée du taoïsme comme cela se fit par le passé, mais en privilégiant les sources les plus significatives, les plus évocatrices.
Si le Taoïsme est une philosophie, ce n’est évidemment pas dans le sens où Socrate et les philosophes grecs peuvent l’entendre, car le mot même de philosophie, zhe xue, n’apparaît dans la langue chinoise qu’au détour des influences japonaises, au début du xxe siècle. Si la philosophie est une recherche de la vérité au moyen du verbe, du Logos, alors le Taoïsme n’est pas une philosophie car la vérité n’est pas son point de mire et le langage est loin d’être son instrument privilégié.
Par contre, si le terme philosophie désigne un type de discours enveloppant une vision du monde (sens large), alors, bien sûr, le Taoïsme peut être considéré comme une philosophie. Dans de nombreuses polémiques actuelles qui agitent le monde sinologique, le terme de « philosophie » est utilisé comme faire-valoir ou comme repoussoir. Ainsi le philosophe Feng You Lan s’était vu reprocher de vouloir faire à tout prix de la pensée chinoise une philosophie, et plus récemment François Jullien s’est vu reprocher de vouloir absolument séparer l’horizon chinois de celui de la philosophie. L’éclairage de la question dépend de la définition du terme philosophie à laquelle on s’adosse (sens étroit ou sens large).
Il en va de même pour le terme religion qui est loin d’être univoque. Mais si l’on s’entend pour dire que le taoïsme propose des exercices et un style de vie qui permettent de relier ou d’harmoniser le yin et le yang, la terre et le ciel, c’est-à-dire le visible et l’invisible, alors en ce sens, il peut être considéré comme une religion. Mais c’est évidemment là une réponse rapide qui fait abstraction des aspects complexes du terme religion qui enveloppe un réseau complexe de questions : problème de la transcendance, d’un rapport à un dieu ou à des dieux, problème de la révélation ou d’un accès à une vérité révélée, problème de sa dogmatique, problème de son organisation ou de sa structure hiérarchique.

Histoire

— Sima Qian

Sima Qian (-145~-86) est le père de l’histoire chinoise. Il chercha à renseigner la biographie de tous les personnages mythiques ou réels des époques précédentes et, parmi des vies d’empereurs, ce commentaire en exergue est à propos des saints de l’école de la Voie (Zhuangzi, Laozi). Il résume la difficulté d’établir une chronologie de cet enseignement, car ceux qui le suivirent s’ingénièrent aussi bien à se cacher, qu’à brouiller les dates et les noms. L’établissement d’une histoire du taoïsme satisfaisant la critique occidentale est une élaboration récente.

(-1500~-500) Temps mythiques

La chronologie traditionnelle chinoise de Sima Qian en dynasties est évidemment peu fiable quant aux faits sur les périodes anciennes. Toutefois, elle fournit un état des représentations de son époque, ainsi que des penseurs qui l’ont précédée. Confucius croyait aux empereurs Yao et Shun, le Dao De Jing les évoque, plus vaguement. Cette ligne temporelle permet d’introduire quelques idées de mythologie chinoise qui auront leur importance dans la suite du taoïsme.

Nostalgique des origines, le taoïsme situe généralement l’âge d’or avant l’histoire et les empereurs, supposant une douce communauté paysanne sans ordre politique. Dao De Jing : « Du roi, le peuple de l’antiquité savait seulement qu’il existait », maintenant, « Le peuple a faim parce que le prince dévore l’impôt. » L’archéologie constate que la vallée du fleuve jaune est cultivée. On peut supposer des traces de chamanisme (période Yangshao), ces thèmes se retrouveront beaucoup plus tard (voir l’alchimiste Ge Hong, 283~343).

Le plus vieil ancêtre auquel se réfère parfois le taoïsme est l’Empereur Jaune, premier empereur mythique, Huángdì (-2697~-2598), dont l’existence n’est pas vérifiable. Par contre, des mythes lui attribuent une invention dont on a trace après cette époque, la métallurgie. Si l’on en croit le mode de transmission des croyances et pratiques alchimiques, on peut supposer que les premiers mystères initiatiques sur la fusion des métaux commencèrent ici (mais les échos écrits commencent avec le huanglao).

La dynastie Shang (-1751~-1111) laisse des traces plus certaines d’une unité de culture, sinon politique. Les écritures retrouvées permettent de reconstituer une société clanique, avec une famille royale occupant le sommet de la hiérarchie, et des chefs de lignée qui perpétuent le culte familial. Ils entretiennent des devins interprétant les craquelures de carapaces de tortue jetés au feu (scapulomancie), de cette pratique se dégagent les sinogrammes, et donc, l’écriture.

Les Shang sont renversés par les Zhou (-1000). Cette ethnie installe une organisation de type féodale, même si le terme n’est parfois pas accordé à la Chine. On trouve en tous cas un mouvement de dissolution de la fidélité à la royauté centrale, dont la nostalgie est conservée. La restauration d’un empire idéal est un thème central des écoles postérieures, mais aussi du projet de civilisation, jusqu’au premier empereur Qin Shi Huang.

Vient ensuite la période des Printemps et des Automnes (-722~-481), du nom de la chronique du royaume de Lu qui couvre ces dates. De nombreux seigneurs avec une langue et une culture commune assistent à une progression démographique, économique et culturelle ; mais sans l’unité politique. Ils se fient de moins en moins à la noblesse héréditaire, ouvrant leurs cours à des intellectuels itinérants, dont résultent les sources compilées dans les cinq classiques. L’un d’eux, le Yì Jīng, a une grande influence sur le taoïsme de notre ère. On suppose qu’à cette époque s’élaborent aussi les spéculations du Yin-Yang et des cinq éléments, ainsi que les premières pratiques d’immortalité.

De ces temps de créations anonymes et de datation incertaine on peut donc retenir : chamanisme, Huángdì, sinogrammes, immortels, Yin-Yang, cinq éléments ; thèmes qui persistent et se combinent tout au long du taoïsme.

(-500~-220) Royaumes combattants, bourgeonnement intellectuel et mystiques taoïstes

La séparation entre cette période et la précédente est tout à fait artificielle, elle en conserve les mêmes caractères sociaux, avec cependant une progression pragmatique dans la concentration politique (sept royaumes) qui entraîne une crise du modèle culturel traditionnel (Confucius). Il s’y développe une classe intellectuelle mercenaire pouvant vivre en dehors des cours seigneuriales, en formant les jeunes nobles pour les emplois publics. C’est le temps des cent écoles. Même si le nombre est trop symbolique pour être exact, la période témoigne d’une vivacité intellectuelle où se forgèrent des concepts pour de nombreux siècles ensuite.

Même si les personnes physiques de Laozi et Zhuangzi sont incertaines, de même que la généalogie de leurs influences et de leur descendance, la possibilité historique de leur œuvre à cette époque est vérifiée par l’état de la langue et de la culture. La section conceptions de cet article se concentre sur ces œuvres. Sociologiquement, ils prouvent une société assez riche pour avoir des sages cachés, des lettrés instruits sans pour autant briguer une place et vivant au cœur du peuple. Les thèmes politiques des autres écoles sont présents, mais on ne lit pas les mêmes intentions de flatter un prince, ou de promettre la recette décisive. La politique semble être une conséquence d’une vérité mystique et cosmologique. Autrement dit, le contexte historique aide à comprendre les mots utilisés, mais ne suffit pas à expliquer les phrases composées, qui elles, sont proprement taoïstes.

C’est également à cette période que se développe dans les cours royales et princières la Voie des magiciens et des immortels née dans les pays de Qi et de Yan. En s’entourant de spécialistes (fangshi) de rituels, magie et alchimie, les souverains espèrent s’assurer le succès et échapper à la mort. La mer Jaune baignant les rivages de ces deux États du Shandong et du Hebei n’abrite-t-elle pas trois îles où poussent des herbes prolongeant la vie ? Le premier empereur Qin et plus tard Wudi des Han y enverront des expéditions infructueuses, mais la mythologie des immortels et les savoir-faire des magiciens garderont leur prestige et seront intégrés dans le taoïsme.

(-221~200) Empire, compilations, taoïsme ésotérique

-221, Qin Shi Huang unifie l’Empire. Il institue la bibliothèque impériale, afin de conserver l’édition officielle des classiques chinois, pour les retirer aux écoles et aux anciens royaumes. La sélection s’est accompagnée de persécutions sur les intellectuels, des livres ont été brûlés, surtout confucéens. Durant la dynastie Han, un travail bibliographique de quatre siècles établira les textes qui nous sont parvenus, en ajoutant parfois beaucoup aux originaux, comme cette citation tirée du Zhuang Zi, certainement postérieure :

« Lorsque le monde sombra dans le désordre, saints et sages se cachèrent et le Dao fut divisé, chacun sous le Ciel en prit une parcelle pour se faire valoir. Il en est comme de l’ouïe, de la vue et de l’odorat, qui ont chacun leur usage mais ne communiquent pas : les cent écoles, dans le foisonnement de leurs techniques, en comptent toutes d’excellentes, utiles à tel ou tel moment, mais aucune n’embrasse la globalité. »

La période est tentée par un éclectisme qui concilierait toutes les sagesses héritées des Royaumes combattants. Yang Xiong (-53~18), l’ermite de la cour, illustre le génie de cette époque, par ses imitations originales des classiques. Son Fayan « paroles pour guider » le rattacherait au confucianisme puisqu’il reprend la forme du Lúnyǔ « les entretiens de Confucius » ; mais il s’inspire aussi du Yì Jīng pour le Taixuanjing « Livre du Mystère suprême » développant une combinatoire ternaire (Terre, Ciel, Homme) qui a eu peu de postérité.

Le courant Huanglao est aussi très caractéristique. En partie philosophie politique de parenté légiste, en partie religion divinisant le mythique Empereur Jaune Huang di et le sage Lao Zi, les empereurs des Han occidentaux Wendi et Jingdi y cherchèrent une philosophie totale, à la fois cosmique et politique, justifiant l’existence de l’empire et réglant leur action. Cette construction confuse, concurrencée dès Wudi par le confucianisme, contribua à la constitution du terreau taoïste.

(200~400) Taocratie des Maîtres célestes

Moine taoïste

En 184, les frères Zhang mènent la révolte des Turbans Jaunes au nom de la « Voie de la Grande paix » (Taiping dao 太平道). La dynastie Han (184) a vacillé, annonçant une période de troubles, contemporaine des grandes migrations barbares. Dans une autre partie de la Chine, l’établissement parallèle d’une église des cinq boisseaux manifeste de même une expression collective et organisée du taoïsme. Les généalogies et les influences sont complexes et disputées, ces traditions se poursuivent encore aujourd’hui. On osera cependant désigner ces phénomènes religieux populaires sous un même terme : les Maîtres célestes.

La mobilisation des foules s’effectue autour d’un millénarisme annonçant le retour prochain d’un âge d’or de morale et de religion. L’empire s’effritant, le mythe actif d’un royaume à venir, nourri par les diverses traditions locales (huanglao, fangxian, religions non Han, etc.) et bientôt le bouddhisme, stimule de nouveau la réflexion des élites.

Les iiie et ive siècles permirent un renouveau intellectuel dans les classes aristocratiques, par la pratique de la « causerie pure » qingtan sur le Xuanxue « étude du mystère » (autrement appelé néo-taoïsme). Il s’en dégage plus d’auteurs originaux que sous l’Empire : Wang Bi (226~249), Guo Xiang (252?~312), Xi Kang (223~263).

Poursuivant des pratiques de la cour Han, l’alchimie est développée par les recherches individuelles d’un Ge Xuan (164?~244?) ou d’un Ge Hong (280~340), et la naissance avec Ge Chaofu (fin du ive siècle) d’une « école du joyau magique » Lingbao pai. Ce courant absorbe des influences maîtres célestes et prend de l’importance en devenant ritualiste.

Depuis les Trois Royaumes, le pays est divisé, notamment entre le Nord et le Sud. Dans le Nord, Kou Qianzhi (365-448) tente de structurer les maîtres célestes — devenus une nébuleuse de groupes indépendants aux activités parfois suspectes — en un mouvement cohérent et hiérarchisé intégrant la morale confucéenne et le monachisme bouddhiste. Au début du ive siècle, les invasions déplacent la cour des Jin et une partie des maîtres célestes vers la vallée du Yangzi Jiang où Lu Xiujing (406~477) sera leur réformateur. Ce déplacement du centre culturel a un effet durable dont témoigne le développement du Shangqing.

Cette période est un âge de grande fécondité pour le taoïsme durant laquelle on peut observer ses expressions dans toute leur variété ; dans cet article, elle sert de repère pour la description des pratiques.

(400~1800) Les trois enseignements

L’assimilation du bouddhisme est un phénomène majeur dans l’histoire des idées chinoises. Sa présence commence au ier siècle mais les idées indiennes sont faussement assimilées à une forme de taoïsme jusqu’au ve siècle. Bodhidharma, le fondateur symbolique du bouddhisme Chan est un repère acceptable de la transition, mais son génie oral supposé laisse moins de traces dans les textes que par exemple Kumârajîva (344~413?), un missionnaire koutchéen ayant su traduire le message original sanskrit en chinois, ou bien Xuanzang (602-664), un Chinois qui fit le chemin inverse en rapportant d’Inde les sûtra d’une religion déclinante dans sa terre d’origine.

L’ère des « trois enseignements » (sanjiao ) confucianisme, bouddhisme et taoïsme débute ; ils s’influencent mutuellement et il devient encore plus difficile de dégager une innovation qui serait spécifiquement taoïste.

Lao tse, Confucius, Bouddha

Le syncrétisme permet aux trois enseignements de cohabiter, d’échanger, et aussi d’éviter la plupart du temps les guerres de religion, transformées en luttes d’influence auprès de l’empereur. Le pouvoir attend soutien des trois et officialise à tour de rôle l’un ou l’autre en tentant de façonner selon ses besoins, provoquant une alliance objective des deux autres. Ainsi l’empereur Wu des Liang du Sud (502-549) prend pour modèle le grand souverain bouddhiste Ashoka (-273~-232). Après la réunification, un patriarche taoïste du Shangqing « Pureté suprême », assure à Gaozu (566~635) qu’il a reçu le mandat céleste en tant que descendant le Laozi car ils ont le même nom de famille, Li (李). Gaozu fonde la dynastie Tang (618), ajoute le Dao De Jing au programme des examens, fait compiler un canon taoïste officiel et ouvre des écoles dans tout l’empire pour l’enseigner. En 845, selon une inspiration confucéenne, l’empereur Tang Wuzong s’illustre par une persécution contre toutes les religions contemplatives et prônant le célibat, menaces pour l’économie, qui vise le taoïsme et le bouddhisme — et affecte même une présence marginale du christianisme nestorien et du manichéisme.

Par la suite, les courants se regroupent et deux Écoles dominent le paysage à partir des dynasties Jin et Yuan (xiie et xiiie siècles) : la Puissante alliance de l’Unité orthodoxe, Zhengyi Mengwei, et l’École de la Complétude de l’Authentique, Quanzhen. La première est une fédération d’écoles centrées sur les rituels et talismans présidée par les Maîtres Célestes, la seconde résulte de la fusion de deux courants alchimiques — ou ascétiques, car l’alchimie « interne » est en passe de remplacer l’alchimie « externe ». Nées à la fin des Song, il s’agit: de l’école du Nord fondée dans le Shaanxi par l’excentrique Wang Chongyang sur les bases de la tradition alchimique interne dite « Zhonglü » (du nom des deux patriarches immortels Zhongli Quan et Lü Dongbin), du bouddhisme Chan et de la bienveillance confucéenne; et de l’école du Sud de Zhang Boduan fondée dans le Sichuan et très active au sud du Yangzi Jiang. Il existe donc aujourd’hui deux courants, Zhengyi plutôt ritualiste et séculier, Quanzhen plutôt ascétique, centré autour de communautés de type bouddhique.

(1800~1949) Chine moderne

Les ennuis du taoïsme avec les autorités commencèrent bien avant l’avènement de la République populaire de Chine. À partir de la seconde moitié des Ming, son image s’est graduellement dégradée auprès des intellectuels et hauts fonctionnaires du fait de son lien avec la religion populaire. Que les écoles taoïstes aient été de tout temps des structures idéales pour le développement des mouvements d’opposition ne joua pas non plus en sa faveur. Liang Qichao (1873-1929), avocat du renouveau social de la Chine, écrivit même qu’il était « humiliant » d’avoir à inclure le taoïsme dans l’histoire religieuse chinoise, « car le pays n’en a jamais tiré aucun avantage ».

Le Mouvement du 4 mai (1919) déclencha une accentuation de la répression. En 1920, une loi, peu appliquée il est vrai, interdit les temples dédiés aux divinités des éléments et des phénomènes naturels, ainsi que l’usage des talismans et autres protections magiques. Seuls les temples consacrés à des personnages illustres et exemplaires furent autorisés.

(1949~1976) Révolution et persécutions

Les moines du mont Wudang recueillirent la troisième armée rouge, et beaucoup de taoïstes firent preuve de patriotisme pendant l’invasion japonaise, mais ils ne furent pas épargnés pour autant par les communistes de Mao. Le monastère principal de l’école Zhengyi sur le mont Longhu au Jiangxi fut incendié en 1948, et son patriarche se réfugia à Taïwan en 1950. La politique générale vis-à-vis des religions s’appliqua à partir de 1949 au taoïsme et à la religion populaire : pas de suppression totale, mais interdiction des nouvelles ordinations, répression de toutes les activités qualifiées de superstitieuses (talismans, divinations..) et anti-marxistes (écoles hiérarchisées, temples et fêtes de clan…) et confiscation de locaux. Certaines sectes furent déclarées illégales et passèrent dans la clandestinité. Parfois obligées de recourir à des voies illégales pour recueillir des fonds, certains de leurs membres se virent associés à des scandales, ce qui n’arrangea rien. En 1956, de précieuses statues de bronze du mont Wudang furent fondues.

Dans le cadre du Mouvement pour les trois autonomies destiné à mettre fin à la dépendance financière, idéologique et administrative des religions de Chine vis-à-vis d’institutions étrangères, fut fondée en 1957 l’Association taoïste chinoise. Le gouvernement espérait aussi à travers elle mieux contrôler l’ensemble très divisé des écoles. Il s’engagea en contrepartie à restaurer et entretenir les temples les plus célèbres. En 1961, les recherches, les publications et la formation de personnel reprirent sous l’impulsion du président, Chen Yingning, mais la Révolution culturelle interrompit vite toute activité pour le taoïsme comme pour les autres religions. En 1966, l’association fut dissoute, les temples fermés ou réquisitionnés, les moines et nonnes renvoyés. On déplora de nombreuses destructions, dont 10 000 rouleaux de textes sacrés au monastère Louguantai au Shaanxi, près de la passe par laquelle Lao Zi partit, dit la légende, vers l’Ouest.

(1976~…) Après Mao

Foshan

C’est en 1979 sous Deng Xiaoping que le taoïsme reprit une certaine activité. L’Association taoïste, reconstituée en mai 1980, tint sa troisième séance au Baiyun Guan ou Monastère des nuages blancs de Pékin, temple principal de l’école Quanzhen Dao, qui rouvrit en 1984 autant comme lieu touristique que religieux. Les associations locales furent reconstituées à partir de quelques anciens maîtres et de jeunes recrues complètement inexpérimentées.

Le premier centre de formation théologique ouvrit en 1984 au Baiyun Guan de Pékin, et les ordinations Quanzhen reprirent en 1989. En plus mauvais termes avec le gouvernement communiste, Zhengyi dut attendre 1992 pour voir les siennes reconnues et son monastère principal (Longhu) s’ouvrir, tout d’abord aux Chinois d’outre-mer des régions comme Taïwan où cette école est bien implantée. En 1994, on comptait environ 450 grands temples et monastères rouverts et restaurés, en partie avec des fonds donnés par les taoïstes d’outre-mer. Les moins grands fonctionnent il est vrai souvent plus comme des lieux touristiques où moines et nonnes accueillent les visiteurs que comme des centres d’étude et de pratique religieuse. Les pratiquants les plus déterminés se font ermites.

Les temples, moines ou maîtres taoïstes doivent obtenir une autorisation formelle d’exercice, nécessaire également pour les cérémonies publiques. Néanmoins, dans les régions rurales, de nombreux maîtres mariés et vivant au sein de la société, souvent dans la mouvance Zhengyi, plus difficiles à contrôler que les moines, exerceraient de façon « sauvage ».

La première rencontre entre les clergés taïwanais et continentaux — première rencontre entre les sectes Quanzhen et Zhengyi de l’histoire du taoïsme — se déroula en septembre 1992 au temple de Louguantai. En novembre eut lieu la première visite officielle en Chine d’une délégation de l’Association générale des taoïstes de Taiwan.

Des recherches sur le taoïsme ont lieu dans les départements d’étude des religions de l’Académie des sciences sociales, en particulier à Pékin, Shanghai, au Sichuan et au Jiangsu. Des instituts de recherche sur la culture taoïste ont été fondés à Pékin (1989), Shanghai (1988) et Xi’an (1992). Le Taoïsme chinois , organe de l’Association, publie des études. De 1986 à 1993 on a réimprimé L’Essentiel des écritures taoïstes , extrait de treize mille textes gravés sur bois de la dynastie Qing.

école du lion d’or

L’école du lion d’or, association Pai Liang Qiao, fut fondée en 2014 par Philippe Reus, élève du maître Hu Dong Liang, dernier descendant de l’école du Lotus Blanc.

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