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Rites funéraire chinois (中國葬禮)

 

Avant la mort

Porter le mourant hors de la maison.

Beaucoup de païens craignent que le malade ne rende le dernier soupir pendant qu’il est couché sur le lit de famille. Ils le font transporter sur un autre lit, hors de la maison, parce que le lit de famille serait hanté.

Enlever l’oreiller

Quand le malade est sur le point d’expirer, plusieurs enlèvent l’oreiller sur lequel reposait sa tête. C’est certainement cruel en bien des cas : le pauvre mourant, déjà haletant, ne peut plus respirer et est étouffé. Mais le malade doit mourir en paix, et comme le mot ‘paix’ signifie aussi ‘à plat, horizontalement’, on l’étend tout à plat sur le lit. En mourant, il ne doit point voir ses pieds, dit‑on ; sinon de grands malheurs tomberaient sur ses enfants.

Le trousseau mortuaire

Dès que le danger de mort approche, la famille prépare les habits que le défunt emportera dans la tombe, et on a grand soin de l’en revêtir avant même qu’il ait rendu le dernier souffle. Des coutumes superstitieuses très compliquées, et variant d’après les diverses régions, président à la confection des habits et au choix des étoffes. En voici quelques‑unes :

Bottes en papier

La semelle des bottes doit être flexible : les morts ne peuvent supporter une semelle dure.
Chapeau de cérémonie sans aigrette rouge. Depuis la république (1912), c’est, le plus souvent, un mao-­tse ordinaire.

Une robe longue

Une robe longue et, si la fortune le permet, un wai-t’ao, manteau pour les cérémonies et visites officielles.
Le tout sans boutons de cuivre, qui seraient trop lourds et que l’âme du mort ne pourrait emporter.

La ceinture

La ceinture qui maintient la culotte autour des reins, est absolument interdite. En chinois elle se nomme tai-tse, deux caractères qui ont à peu près la même prononciation que t’ai-tse ‘emmener les enfants, les emporter’, ce qui serait le dernier des malheurs pour la famille., Donc on remplace la ceinture par un simple fil.
Pour la même raison, on supprime les deux ligaments appelés kio tai-tse, qui lient les deux jambes de la culotte au‑dessus du pied.
Pour la même raison encore, les habits du mort ne sont pas boutonnés, c’est‑à‑dire que les boutons ne sont pas passés dans les boutonnières ; en effet, ‘bouton­nière’ se dit en chinois k’eou‑tse, expression qui se prononce comme k’eou tse, ‘voler les enfants’.
Ces habits doivent être neufs, si possible ; ils ne doivent point comporter de fourrures, ni être confectionnés en poils d’animaux, comme les laines, les draps etc. : le défunt pourrait être réincarné dans le corps d’un animal.
La femme doit avoir une robe et un voile ; le reste selon la coutume régionale.
Les habits de dessous doivent être ouatés, même en été.

Il doit expirer hors du k’ang

Dans le Nord, le lit de famille ou k’ang, est construit en pisé ; si le malade expirait sur ce lit, il serait condamné, dans l’autre monde, à porter des briques de terre sèche.
L’oreiller jeté sur le toit.
L’oreiller sur lequel a reposé la tête du défunt, ne peut plus jamais servir ; il est néfaste. On le jette sur le­ toit de la maison, où il pourrit et tombe en morceaux.

Après la mort

Avant de descendre dans les détails, donnons, en quelques lignes, les rites populaires usités après la mort d’un membre de la famille.
Après que le défunt a été revêtu de ses habits et exposé sur le lit mortuaire, les gens de la famille prennent une lanterne, une chaise en papier, une caisse de lingots, une botte de paille, un bol d’eau, un panier contenant quelque victuaille, et conduisent l’âme du mort au T’ou‑ti lao-yé, dans son pagodin. Le troisième jour, on va chercher l’âme pour la reconduire à son ancienne demeure, puis on l’envoie, par l’entremise du T’ou‑ti lao-yé local, au grand t’ou‑ti lao-yé du district. Ce dernier la fera conduire au Tcheng‑hoang, puis, finalement, elle sera citée en présence de Yen‑wang, le dieu des enfers.
On conçoit que ces allées et venues, assez compliquées, exigent bon nombre de formalités, si l’on veut se conformer strictement à l’étiquette. Or, en Chine, les Rites sont tout ! Citons quelques‑unes de ces formalités :
Le pagodin du T’ou‑ti lao-yé.
Après la mort du défunt, on conduit son âme, comme nous venons de le dire, au pagodin du T’ou‑ti lao-yé, garde‑champêtre céleste, qui a juridiction sur le territoire de la localité. On lui remet l’âme du défunt, qu’il gardera, provisoirement dans son pagodin. Le cortège qui amène l’âme est ainsi composé :
Le porteur de lanterne, teng‑long. Même en plein jour, il est nécessaire d’avoir une lanterne, pour éclairer la route que l’âme du défunt doit suivre.
Une chaise à porteurs en papier, tche‑kiao. On la met d’avance sur le cercueil préparé à la maison. Un homme en papier est assis dans ce palanquin. Il figure l’âme du mort.
Des lingots de papier doré ou argenté, ordinairement contenus dans une caisse en papier. Ces lingots se nomment si po, k’ouo-ting, ou tche‑k’ouo, suivant les pays.
Dans les villes des côtes, on trouve aussi des piastres en papier, des billets de banque imités des vrais billets émis par les banques.
  • Une petite botte de paille, pour le cheval du T’ou‑ti lao-yé.
  • Un bol d’eau, pour abreuver le cheval du T’ou‑ti lao-yé.
  • Quelques mets portés dans un panier.
  • Des pétards et du papier‑monnaie, tche-ts’ien.
  • Du tche‑ma (différents papiers superstitieux), et quelquefois une pétition.
  • Des bâtonnets d’encens à brûler devant le pagodin. Arrivés devant le pagodin, les gens de l’escorte se prosternent en se lamentant, font brûler une pétition envoyée au T’ou‑ti lao-yé, puis mettent la caisse contenant les lingots sur la petite botte de paille, à laquelle on met le feu. Ces lingots sont pour le T’ou‑ti lao-yé. On les lui envoie par la voie de la combustion, pour le supplier de bien recevoir et de bien traiter l’âme du défunt. On paie d’avance ses bons services La caisse de lingots en papier est ensuite placée sur la botte de paille, on y met le feu et la somme parvient au destinataire par voie ignée.

 

Song fan

L’âme du défunt ne peut se rendre chez le dieu des enfers, Yen‑wang, avant trois jours révolus. En conséquence, chaque nuit les gens de sa famille lui portent des aliments dans le T’ou‑ti-miao, pagodin du dieu local. Le menu consiste ordinairement en un bol de riz cuit, espèces de mets et du vin. — Souvent on ramène l’âme à la maison dès le second jour.

In‑yang sien‑cheng

Après la mort d’un des membres de la famille, les survivants invitent un ‘in yang sien‑cheng’ qui choisira l’emplacement du tombeau et réglera les détails des funérailles. Son ordonnance se nomme : k’ai yang pang, écrire la feuille des cérémonies funèbres avec tous les rites à suivre. Cet écrit, sur papier blanc, fixe, d’après les règles de la divination :
a) La mise en cercueil, jou‑lien. b) Le temps exact pendant lequel on devra conserver le cercueil dans la maison avant l’enterrement, ting‑ling. c) Le jour faste pour l’enterrement, tch’ou‑pin. d) Les rites du deuil, tchoan‑hiao, ou encore les habits de deuil, hiao‑fou etc…etc.
Hoang‑li-t’eou. Si la mort est arrivée un jour néfaste, on suspend un crible et un miroir au‑dessus de la porte. Pour connaître ce jour, on consulte le calendrier hoang‑li-t’eou.
  • Le cercueil, la mise en bière
  • Les banderoles de papier.
  • A la porte du défunt sont affichées des banderoles de papier pour faire savoir que quelqu’un de la famille est mort.
  • Des feuilles de tche‑ma.
  • Sur les murs on colle des feuilles de tche‑ma, papiers superstitieux ayant rapport avec la circonstance, v.g. la présentation de l’âme au dieu des enfers. On y suspend également des billets de banque et des lingots pour lui venir en aide dans l’autre vie…..

Le corps du défunt. Pieds liés. Le pied tch’e.

Dans certains pays, les pieds du mort sont liés ensemble : on veut s’assurer qu’il ne se sauvera pas ; en pareil cas, les plus grands malheurs seraient à redouter, s’il venait à se venger des injures reçues. Un pied chinois tch’e, de 10 pouces, est placé sur ses pieds ; on veut s’assurer qu’il ne remue plus.
  • Les bâtonnets contreforts.
  • Plus généralement, on se contente d’arc‑bouter le pied droit et le pied gauche au moyen de deux bâtonnets.. Ainsi on les maintient droits, et ils ne peuvent s’incliner ni à droite ni à gauche.
  • Le couteau de cuisine.
  • La mise en bière doit se faire un jour faste, d’après les indications du hoang‑li, calendrier. Si on doit attendre un ou deux jours, il est à craindre que l’âme ne revienne molester les vivants. Pour lui en enlever l’envie, on place un grand couteau de cuisine sur le cadavre du défunt. L’âme, craignant cet instrument tranchant, n’osera pas approcher.
  • Tse‑suen ting, le clou de la postérité.
  • Le cercueil est orné d’un gros clou, ouvragé, en fer, quelque fois même en argent ou en or. On vient d’en trouver deux dans les montagnes de Zô‑sè sur des cercueils datant des derniers Song (1127‑1280). Ces deux clous sont en or pur. Au Kiang‑sou, les païens considèrent ce clou comme un talisman d’importance capitale pour obtenir une nombreuse postérité.
  • Les cheveux entortillés autour de trois clous.
  • Avant d’enfoncer ces clous, on enroule tout autour un cheveu du défunt. Ces clous servent ensuite à fermer le cercueil. Ils s’appellent : tchoan‑ting ou wan‑ting.. Jeu de mots entre wan‑ting, entourer le clou et wan‑ting, descendants ; tchoan-ting, entortiller autour d’un clou et tch’oan‑ting,, propager sa descendance.
  • Han k’eou ts’ien, sapèque serrée dans la bouche.
  • Dans plusieurs cas, les païens maintiennent la bouche du défunt entr’ouverte au moyen d’un petit coin en bois ; puis, quand il est couché dans la bière, on suspend une sapèque au‑dessus de sa bouche de façon à ce qu’elle y pénètre entre les dents desserrées. C’est le han k’eou ts’ien. Le fils aîné la portera suspendue à son cou comme une amulette et un talisman porte‑bonheur.
  • Le riz du départ.
  • Après avoir enlevé le coin en bois placé entre, les dents du mort, on lui met dans la bouche quelques grains de riz : c’est le repas du départ pour le grand voyage !
  • Mien tch’e mi-hoen t’ang
  • En déposant le cadavre dans le cercueil, on met dans l’une de ses mains un lingot de papier‑monnaie ; et dans l’autre des feuilles de thé, de la terre et de la chaux. Avec le lingot, le défunt pourra se concilier la bienveillance de Mong p’ouo niang‑niang ; la matrone qui distribue aux morts la tisane de l’oubli mi­ hoen t’ang. Avec ces feuilles de thé, la terre et la chaux, il pourra avoir une tisane en apparence la même, mais nullement nocive.
  • L’encens dans la main du défunt.
  • Quelques‑uns préfèrent mettre dans la main du mort une petite gerbe de bâtonnets d’encens ; ce sera la marque non équivoque qu’il fut un fervent adorateur de Bouddha. Précieuse recommandation à l’arrivée dans l’autre vie.
  • Préparation du cercueil. Oreiller et voile de papier.
  • Au fond du cercueil sont disposés de petits sachets contenant de la chaux, un peu de cendre et de terre.
  • Le nombre des sachets égale le nombre d’années que le défunt a passées sur terre. A la tête du cercueil est placé ‘l’oreiller‑macre’, ling‑kio tchen, de forme cornue, comme la macre, et composé de deux parties juxtaposées. Il est rempli de cendre et de chaux.
  • La partie supérieure est en étoffe rouge, l’inférieure en étoffe bleue. La tête du défunt repose au milieu du croissant supérieur.
  • Quand la sapèque han k’eou ts’ien a été enlevée, on couvre le visage du mort avec une feuille de papier sur laquelle sont écrites des sentences superstitieuses.
  • Le matelas. Lingots. Bijoux.
  • Une couche de coton servira de matelas au défunt. Des richards couchent le cadavre sur de petits lingots d’or et d’argent, et le défunt est paré de ses bijoux : c’est le comble du bonheur pour le défunt et pour l’avenir ­brillant de ses descendants. Cette coutume a souvent excité la convoitise des voleurs, et provoqué la violation des sépultures.

Ta‑keou che et bâtonnets

D’aucuns, plus prévoyants, donnent au mort deux bâtonnets, en guise de gourdins, pour se défendre des chiens qui viendraient le molester pendant son voyage vers l’autre monde. Pour apaiser ces chiens faméliques, il pourra leur jeter les grains de riz qu’on lui a mis dans les mains avant de fermer le cercueil.
Tsing‑k’eou pou, toile de propreté. Le fils pieux.
Bande de toile clouée sur toute la surface supérieure du cercueil, au‑dessous du couvercle : elle est destinée à préserver de la poussière la bouche et le visage du mort. Il n’y a là rien d’anormal, pourvu qu’elle ne soit pas ornée d’emblèmes superstitieux. Mais il est d’usage que le fils aîné avertisse son père de retirer ses mains, de peur que les pointes des clous ne viennent à le blesser ! — De même, quand le cercueil va être cloué, il a soin de se mettre à genoux et de dire : « N’aie pas peur, on va clouer le cercueil ! »

Emprunter la vitalité à un animal

Si une jeune femme meurt prématurément, on suppose que son âme avait une vitalité trop courte ; alors on met dans son cercueil un poisson vivant, qui lui prêtera sa vitalité et la rendra capable d’arriver jusqu’au royaume des morts.

Le dispositif devant le cercueil.

 Une table sur laquelle est exposée la tablette, nommée ling tsouo‑tse, le siège de l’âme, ou encore hoen p’ai-tse, la tablette de l’âme

Avant l’enterrement, cette tablette est en papier ; c’est une sorte de poche ou d’enveloppe rectangulaire, qui est censée contenir l’âme du mort, dont on a écrit le nom dessus. Elle reste exposée 49 jours.

Devant, un brûle‑parfums avec des baguettes d’encens allumées

A gauche, un bol de riz, sur lequel on a placé un œuf cuit et dur, dont on a percé la partie supérieure.
Deux bâtonnets sont piqués dans l’œuf dur ou dans le riz. Le bol de riz et son contenu se nomment : tao‑t’eou fan, le riz de derrière la tête.
A droite, dans un grand bol, un coq tué et plumé, mais cru, dont la tête est tournée vers le cercueil. Les grandes plumes de la queue restent.
  • De chaque côté de la tablette brûlent deux bougies montées sur deux chandeliers.
  •  Sur le bord de la table, une petite lampe chinoise, alimentée avec de l’huile.
  •  Dans quelques localités, on ajoute : un pot de vin, un petit verre à vin, une cuvette pour la toilette ; une paire de souliers, la semelle coupée en deux et enveloppés dans une serviette.
  • Deux statuettes, T’ong‑nan et T’ong‑nia serviteur et servante du défunt dans le monde inférieur.
  • Les richards qui, pour une question de face, gardent quelquefois le cercueil dans leur maison pendant deux ou trois ans, placent près du cercueil les statuettes des Huit Immortels, ou de Wang‑mou, la déesse des Immortels.
  • Sous le cercueil, il doit y avoir la lampe des 7 X 7 = 49 jours, appelée ts’i-teng, ou ts’i-sing‑teng. Elle doit brûler jour et nuit pendant 49 jours, si le défunt reste à la maison pendant ce temps prescrit. Elle a quelquefois 7 mèches, et est alimentée avec du teou yeou, huile de pois.
  • On fait des prostrations devant la tablette, siège de l’âme du défunt. On fait passer les enfants sous le cercueil, qui est posé sur deux bancs. Cette manœuvre leur donnera du courage
Afin de devenir des hommes valeureux, ils mangent aussi l’œuf posé sur le bol de riz. C’est un jeu de mots qui fait tout le succès du procédé : tan, œuf, est l’homophone de tan, courage. C’est donc avaler du courage.

Avant l’enterrement

Tsié‑san

Le troisième jour après le décès, la famille du défunt invite les bonzes ou les tao‑che, pour qu’ils récitent des prières. Les parents et amis viennent assister aux cérémonies rituelles du sacrifice qui est offert à l’âme du mort. Ce jour‑là, en effet, on reçoit (tsié) l’âme, qui a quitté le corps, et qu’on a conduite dans le pagodin du Tou‑ti lao‑yé . C’est là qu’on va en grande pompe la chercher et la ramener à la maison, hoan‑kia. Les parents, alliés et amis, offrent du papier‑monnaie, des lingots, etc. … Ils offrent également des inscriptions verticales, toei-­tse, nommées aussi wan‑tchang. Les inscriptions habituelles sont les suivantes : Cheou-kao té-tch’ong, Kia fan Yao-tch’e .
Les invités donnent quelques pièces de monnaie ou une piastre, scellées dans une enveloppe avec le nom du donateur et la phrase rituelle : « tche‑tsi, pour le sacrifice ». Parfois, le tsié‑san est avancé ; le calendrier doit être consulté pour que l’âme soit ramenée dans sa demeure un jour faste. Si le 3e jour après le décès était un jour néfaste, on avancerait d’un jour la cérémonie ci-dessus décrite.

K’i-tch’eng, le départ

(Song-san, faire la conduite à l’âme le troisième jour)

Après sa visite à domicile, l’âme doit partir pour le grand voyage vers l’autre monde. Ce jour‑là, le T’ou‑ti lao yé local la conduira à son supérieur le Tou‑t’ou‑ti, gardien en chef de tout le district.
Pour cette cérémonie, les bonzes viennent vers la tombée de la nuit. Après avoir pris des forces par un copieux souper, ils procèdent à la cérémonie du départ de l’âme et lui font la conduite de la façon suivante.
A une certaine distance de la maison, dans un lieu d’accès facile, ordinairement auprès du T’ou‑ti miao (pagodin de l’idole locale), on prépare une chaise de papier, ou un char avec cheval et cocher pour les pays du Nord.
La procession s’organise ; tous les assistants portent à la main des bâtonnets d’encens allumés. (Les femmes pleurent et se lamentent, mais restent ordinairement à la maison.) Les bonzes suivent le groupe des parents, ils chantent leurs prières et jouent de leurs instruments de musique.
Les bonzes et les gens de la famille arrivés au lieu désigné près du T’ou‑ti miao, on invite l’âme à monter dans la chaise ou dans le char, on prie le T’ou‑ti lao‑yé de bien vouloir monter à cheval (on a eu soin de lui préparer un cheval de papier près de la chaise). Enfin on supplie ce petit fonctionnaire de conduire l’âme du défunt au prétoire de son supérieur, l’Intendant des terres de tout le district.
Ceci fait, on met le feu à la chaise, au char et au cheval en papier, puis on brûle des lingots de papier pour subvenir aux frais du voyage et aux menues dépenses. Un crépitement de pétards termine la cérémonie : c’est le souhait de bon voyage. Tous les assistants font des pros­trations pendant que les véhicules flambent.
Les parents et alliés, de retour à la maison mortuaire, passent devant les gens de la famille, qui se prosternent pour les remercier ; à quoi ils répondent par un simple tso‑i, ou inclination du buste en joignant et élevant les mains.
T’eou‑ts’i, le 7e jour après la mort.
L’âme est conduite sur le wang‑hiang t’ai ‘estrade d’où l’on regarde le pays’, pour jeter une dernière fois un regard sur les choses terrestres. Les proches du défunt revêtent leurs habits de deuil et se tiennent près du cercueil, pour bien prouver au mort l’attachement profond qu’ils ont pour lui, et lui montrer qu’on porte le deuil après sa mort. L’âme, convaincue des sentiments d’affection qu’on a pour elle, n’aura pas à se venger de l’ingratitude de sa parenté. Ici percent l’intérêt et l’égoïsme.

Pan-sou, assister pour passer la nuit (alias p’ei-ling)

La nuit qui précède la veille du jour où doit se faire l’enterrement, parents et alliés veillent ensemble près du cercueil. Les bonzes et les tao-che récitent leurs intermi­nables prières, en tapotant sur le mou‑yu, sonnant la cloche, jouant de la flûte et frappant les timbales : c’est un beau vacarme, capable d’éloigner le sommeil. Une tente est dressée dans la cour ; matin et soir des repas sont servis sous cet abri. Les convives offrent du papier‑monnaie et quelque monnaie pour les « libations ».

Song-k’ou, conduire l’âme au trésor

C’est le dernier et suprême moyen imaginé pour la pourvoir d’un viatique abondant ; et lui assurer une existence facile dans le monde de l’au‑delà.
1er mode. Les tche‑ma tien, boutiques de papiers superstitieux, vendent des tche‑ma, où sont imprimées les images des greniers publics, des trésoreries de l’État. On achète quelques‑unes de ces feuilles, on les brûle, tous se prosternent et prient le gardien des trésors de se montrer libéral envers le voyageur qui va entre­prendre le pénible voyage des enfers.
Le song‑k’ou s’achève aux premières heures de la nuit. Le reste de la nuit, parents et alliés veillent auprès du cercueil du défunt. C’est la dernière nuit avant l’enterrement.
2e mode. La méthode plus généralement usitée diffère un peu de la précédente. On remplit deux caisses en papier, avec des lingots en papier si-po ; un cadenas en papier les ferme. Sur les caisses sont collées deux bandes de papier. L’une indique le mois et le jour où la caisse a été déposée, l’autre le nom de la personne. On porte ces deux caisses à la pagode du Tch’eng‑hoang, et on les dépose comme un capital à la banque du dieu de la cité. Dans l’autre monde il donnera au déposant l’intérêt du capital placé.
Bien souvent les vieilles femmes, craignant de n’être pas assistées après leur mort, ont recours à cet expédient.
Touohiué‑ou tch’e, éviter le lac sanglant.
Les bonzes font boire aux enfants d’une femme dé­funte, un bol d’eau ensanglantée, soi-disant pour dessécher le lac de sang où sont plongées les mères après leur mort pour le crime d’avoir enfanté ! Cette expiation bouddhique a trait au rite du yu­-lan hoei.

Prières récitées sur les poids et mesures

Après la mort d’un individu, les bonzes demandent les poids et mesures dont il s’est servi pendant sa vie, et récitent des prières près de ces instruments, dans le but de faire pardonner au défunt les tromperies qu’il aurait pu commettre dans ses transactions commerciales.

Les sept semaines avant l’enterrement

Régulièrement, on doit observer la coutume des sept semaines, ou ts’i-ts’i. (7×7=49 jours), laps de temps pendant lequel le cercueil est conservé à la maison. Les bonzes viennent prier la nuit de 7 heures à minuit
La sonnerie durant 49 jours.
Pour retirer les femmes de la boue du lac sanglant, les vibrations d’une cloche sont efficaces. Quand une matrone de famille aisée vient à mourir, on paie les bonzes pour qu’ils fassent résonner la cloche nuit et jour pendant 49 jours.

L’enterrement, tch’ou-pin

Sa kin ts’ien, répandre la monnaie d’or

La veille de l’enterrement, les parents vont brûler quantité de papier‑monnaie, tche‑kouo, devant la pagode, puis, il recueillent les cendres. qu’un serviteur répandra sur tout le parcours du cortège funèbre, le jour de l’enterrement. Cet argent est pour les koei ; c’est une forme spéciale du rite mai lou ts’ien, achat du droit de passage.
Fang teng, placer les lanternes.
La nuit qui précède l’enterrement, on frotte d’huile des tiges de sésame tche‑ma, on les pique en terre le long de la route conduisant au cimetière, puis on allume ces petites torches. Les esprits malfaisants aiment beaucoup l’huile. ils viennent lécher celle qu’on a déposées sur ces tiges : grâce à cette gâterie, ils ne viendront pas molester l’âme du défunt qui doit passer le lendemain.
Tien tchou, pointer le caractère tchou de la tablette où reposera l’âme du défunt.
Ce point doit être fait avec le sang tiré de la crête d’un coq. Jeu de mots entre ki, coq, et ki, faste. Le lettré qui pointe ce caractère doit être un homme riche et puissant. Les fils de Yuen Che‑k’ai, firent pointer la tablette de leur père par Siu Che‑tch’ang, l’ancien président de la république. Cette cérémonie dispendieuse a lieu soit dans le temple des ancêtres, soit au cimetière. L’écrivain se nomme tien­-tchou koan.
Se‑t’ou, personnage distingué qui doit se prosterner sur le bord de la fosse, au cimetière, pour recevoir le cercueil. Ces deux personnages sont invités avant les funérailles, ainsi que le lettré chargé de faire l’oraison funèbre tsi-wen, ‘prière pour le sacrifice’.

Choisir l’emplacement de la tombe

C’est l’œuvre du géomancien, k’an fong‑choei sien-­cheng, appelé encore in‑yang sien‑cheng.
Du choix de l’emplacement, de l’orientation du tombeau, dépendent la fortune, le bonheur et la postérité de la famille. Des procès, des injustices, des querelles, des meurtres même découlent de cette sotte croyance, une des plus tenaces des superstitions chinoises.
Le géomancien, muni d’une boussole spéciale, calcule d’après les règles de l’art, où doivent se trouver les veines de la félicité, l’antre du dragon et les obstacles à éviter. On fait de grosses dépenses pour se conformer à ses décisions.

Les tse‑chou (Lindera)

Les païens aiment à planter des arbres appelés tse­-chou sur le terrain autour de leurs tombeaux, parce que le son de ce caractère tse ressemble au son de celui de tse enfant. C’est le présage d’une nombreuse postérité.
Les animaux en pierre devant la tombe. Les statues. Les chèvres.
Cet usage remonte à King Ti, des premiers Han, 156 ‑ 141 av. J.‑C. La légende raconte que Sieou Yang‑kong, tao‑che du royaume de Wei, médita 60 ans, couché sur une pierre. Après sa mort, au palais impérial. dans son alcôve, on trouva une chèvre de pierre. King Ti lui fit bâtir un temple, parce que cette statue de pierre portait gravée sur le flanc de la chèvre cette inscription : « Moi présent, l’empereur vivra « . Un jour elle disparut et King Ti mourut.
Hommes, fonctionnaires.
Ce sont des serviteurs et des officiers au service du défunt dans l’autre monde. Quelques souverains firent enterrer vivantes dans leurs tombeaux des
victimes humaines, qui devaient se mettre à leur service dans le monde inférieur. La même idée préside encore au choix des animaux placés devant la tombe des défunts, qui sont réputés comme riches et puissants dans l’autre vie. Ce sont des symboles de richesse et de bonheur, de longévité, comme la tortue, le cheval etc…
Ornements artistiques, p’ai-leou, (portiques). Les monuments funéraires sont couverts d’ornements symboliques ayant trait d’ordinaire aux Cinq bonheurs : fou, lou, cheou, hi, ts’ai bonheur, dignités, longévité, joie, richesse. La grande joie, c’est une nombreuse descendance. A part les ornements strictement superstitieux, les autres ne sont guère que des emblèmes de ces cinq idées. Nés d’idées plus ou moins superstitieuses, ces emblèmes font depuis des siècles partie essentielle du style chinois, de l’art chinois ; qui n’en voudrait point voir devrait rester seul dans sa chambre et fermer les yeux.

La combustion des lingots et le saut

Avant de descendre le cercueil dans la fosse, on y jette de faux lingots et du papier‑monnaie auxquels on met le feu. Pendant la combustion il est d’usage de sauter par‑dessus l’ouverture de la fosse, afin que le feu purifie les habits de toute influence néfaste et de toute disgrâce qui pourrait résulter de l’assistance aux funérailles.
Long-kang, Le catafalque‑corbillard.
Le matin du jour où aura lieu l’enterrement, les gens préparent le catafalque, plus ou moins riche suivant l’état de fortune de la famille. Le drap mortuaire est quelquefois très richement brodé, il est surmonté d’un dais dominé par un édicule doré. Le cercueil est placé sous le dais et recouvert du drap mortuaire. Le monument, lié solidement à deux énormes brancards, est porté par une troupe de croque‑morts, dont le nombre peut varier de 8 à 80 !

Ki, le coq

Sur le cercueil ou plutôt sur le dôme du catafalque, figure un coq blanc, ki, homophone de ki, chance, bonne fortune. C’est de bon augure.

Sien-ho, la grue

Certaines personnes préfèrent la grue, l’oiseau de la longévité, dont l’image trône au sommet du catafalque. La structure de celui-ci figure un dragon en raccourci, la tête et la queue proéminentes. Sur la tête du dragon figure quelquefois la statuette de Lieou‑hai sien, tenant son chan, crapaud à trois pattes, et son enfilade de sapèques. C’est le symbole de la richesse.

L’homme tenant en main les poils de sa barbe

En avant du catafalque à figure de dragon, se tient un homme portant une longue barbe postiche, et tenant en main l’extrémité inférieure des poils de sa barbe. Ce tableau rappelle la légende de Hien-yuen Hoang Ti (2697‑2597), porté au ciel par un dragon ; ses officiers accrochés aux barbes du dragon furent enlevés dans les cieux avec leur empereur.

Les trois flèches en fer

A certaines époques déterminées par les rites, les parents du mort portent des mets et du vin sur sa tombe, brûlent des lingots de papier, des pétards, et se prosternent jusqu’à terre.les petites fenestrelles. Ces flèches meurtrières sont destinées à tenir en respect les méchants koei qui oseraient chercher noise au convoi mortuaire. Ce sont des talismans exorcistes et protecteurs, pi-sié.

La niche de verdure pour le portrait

Une miniature de kiosque ou de campanile en verdure, composé de quatre colonnettes et d’un dôme, contient le nom, la qualité et le portrait du défunt (contrôler les inscriptions !).

Le départ pour le cimetière

C’est le moment solennel. Les lamentations redoublent ; les tao‑che et les bonzes entourent le cercueil ; un tao-che armé d’un grand coutelas frappe un coup sur le cercueil. D’un second coup il brise un bol vide : c’est pour avertir le mort qu’il faut se mettre en route. Le fils du défunt, coiffé du san‑liang‑koan, est prosterné et appuyé sur le cercueil.

La tablette et le tao-sang-pang (k’ou-sang-pang)

Les porteurs sortent le cercueil, le transportent au milieu de la rue ; devant, on pose la table avec la tablette du mort. Les bonzes invitent le fils aîné à prendre la tablette et à la rentrer à la maison. Après quoi il sort, s’appuie sur les brancards, puis fait la prostration devant les croque‑morts, les suppliant de porter doucement son vieux père. Pour le cas où ils n’obéiraient pas à ses ordres, il a en main une sorte de bâton sur lequel est attachée une longue bande de papier blanc en guise de fouet, pour frapper les porteurs s’ils cahotaient le mort. Ce fouet se nomme kou‑sang‑pang.

La garde de l’héritier unique

Si le défunt n’a qu’un seul garçon encore en bas âge, on prend des moyens énergiques pour empêcher le père de l’emmener dans l’autre monde. Quelquefois on le suspend dans une grande corbeille, à la poutre de la maison, pour le mettre hors de sa portée.

Le défilé vers le cimetière

L’ordre observé dans ces défilés varie de pays à pays, et aussi suivant la fortune des gens. A Chang‑hai, et dans les grandes villes, ces défilés prennent des propor­tions énormes. Tel défilé coupe la circulation des rues pendant des heures. Des centaines de bannières en soie splendidement brodées, des étendards, des inscriptions, des drapeaux ou oriflammes, forment d’interminables traînées. Voici à peu près la composition des cortèges ordinaires.
Au cimetière et de retour à la maison la route.
In lou fan‑tse, fanions indicateurs de la route.
Deux hommes portent deux grands guidons en papier blanc appelés in lou fan‑tse, fanions indicateurs de la route.
Mai lou ts’ien.
Il y a un semeur de papier‑monnaie, pour acheter le droit de passage, pour faire l’aumône aux koei, et leur enlever l’idée de nuire à l’âme du défunt. Quelquefois il y a aussi le semeur de cendres provenant du papier‑monnaie brûlé la veille au T’ou‑ti miao. Dans les villes, l’usage moderne de jeter, sur le parcours, des piastres en papier, s’est beau­coup répandu ces dernières années.

T’ong-nan, t’ong-niu

Deux personnages de grande taille, confectionnés en papier : un serviteur et une servante, pour prendre soin du défunt dans l’autre monde.
Kin-chan, in-chan. Deux miniatures de montagnes : la montagne d’or, la montagne d’argent, faites l’une en papier doré, l’autre en papier argenté : deux mines inépuisables d’où le défunt pourra extraire des trésors dans l’autre vie.
Une chaise à porteurs très artistement confectionnée en papier, pour servir de véhicule à l’âme du mort dans le monde inférieur. Au Nord on préfère des chars et des mules, avec le cocher. A Chang‑hai, les richards commencent à faire confectionner des automobiles en papier et toute une série d’ameublement moderne. Le mort ne trouvera rien de changé en arrivant dans l’autre monde. On lui prépare même une pipe à opium, une lampe et tout l’attirail des fumeurs, quand il a contracté cette habitude pernicieuse.
Des chevaux en papier, des cavaliers en papier, des malles garnies de trousseaux complets, le tout en papier. Des caisses de lingots en papier‑monnaie etc….

K’ai-lou chen. Ta-lou koei

Deux fiers‑à‑bras, diables de papier jouant le rôle de hérauts, chargés d’ouvrir le passage au convoi funèbre. Le premier est armé d’une massue, le second brandit une hache d’armes.P’ai, les insignes. Quand les grands mandarins de l’ancien régime sortaient de leurs tribunaux, ils étaient précédés d’une escouade de jeunes gens portant leurs insignes, sorte de tablettes, p’ai ; ces porteurs se nommaient kang p’ai, porteurs d’insignes. Des porteurs de ce genre figurent dans les cortèges funéraires. Puis suivent les oriflammes et drapeaux. Le défunt est ainsi assimilé à un grand fonctionnaire et doit exercer une haute charge dans le monde de l’au‑delà.

Ts’iuen-fou loan-kia, l’appareil princier

Insignes symboliques en étain, portés aussi dans les processions superstitieuses : mains, haches, marteaux en étain emmanchés au bout d’une hampe. Les bonzes et les tao-che, jouant de leurs instruments et récitant leurs prières. Les gradués conduisant deuil, et faisant l’office de cérémoniaires. Les croque‑morts, dont le nombre, de 8 à 80, varie avec la fortune des gens. En avant du cercueil, la chaise où sont exposées les trois flèches est portée par deux hommes. L’homme à longue barbe censé accroché aux barbes du dragon (ibid.), précède immédiatement le corbillard. Sur le passage du convoi funèbre, les amis et voisins exposent devant leur porte un petit goûter, pour honorer l’âme du défunt au sortir de leur ville ou de leur bourg. Ainsi fait‑on pour honorer les bons mandarins, au sortir de charge, quand ils vont prendre possession d’un nouveau poste. Cela s’appelle tsing‑kong. Suivent les parents et amis, les uns en automobile dans les villes modernes, d’autres en chaise etc….
N. B. Les musiciens sont d’ordinaire en tête du cortège. Actuellement on invite souvent deux groupes : l’un pour la musique européenne, l’autre pour la musique chinoise.

Décors du cercueil le jour de l’enterrement

Voici comment les choses se passent à Chang-hai en 1925. Les lignes suivantes sont la description rapide des divers ornements fournis par le comité des pompes funèbres pour les funérailles des païens de fortune moyenne.
Le cercueil est placé sur un brancard, et recouvert par un drap mortuaire en soie rouge, orné de broderies représentant divers sujets religieux.
La partie supérieure est formée par une sorte de couvercle rectangulaire, de la longueur du cercueil, entièrement revêtu de soieries brodées, de couleur rouge ; un édicule ou piédestal surmonté d’une grue blanche, domine le tout.

1° T’ing-tse, le couvercle et le piédestal

Au centre du couvercle est érigé un édicule ou piédestal surmonté d’une grue faite de perles blanches. La grue sien‑ho, ou grue‑génie, est l’oiseau transcendant qui porte les génies aux cieux.
La base de l’édicule est décorée avec des figures de grues et de cerfs. Le cerf, lou, a la même consonance que lou, dignités. Le défunt, porté par la grue dans la béatitude d’outre‑tombe, sera un grand dignitaire dans l’autre vie.
Le couvercle proprement dit est orné de belles broderies représentant quatre phénix, fong‑hoang, et huit pivoines, mou‑tan hoa.
Le phénix, oiseau fabuleux. censé apparaître à l’âge d’or des peuples, est l’emblème du yang, principe actif et générateur, donc symbole d’une descendance nombreuse et fortunée. La pivoine est toujours l’emblème de la richesse.

2° Le drap mortuaire

Les païens le nomment tsai-tchao. Il est en soie rouge et brodée. Examinons chacune de ses faces.
A. A l’avant du cercueil. Le médaillon brodé figure les Cinq Vieillards. Ou‑lao. Ce sont les cinq génies des cinq éléments : or, bois, eau, feu, terre ; ils président à la formation et aux transformations de tous les êtres de l’univers.
B. En arrière. Un véritable tableau en broderie :
L’île de P’ou‑t’ouo‑chan émerge des flots ; des nénuphars, des fleurs de lotus agrémentent le rivage ; on y voit nager des poissons rouges.
Un pont, jeté au‑dessus d’un ruisseau. au milieu de l’île. Sous chacune des trois arches du pont s’épanouissent des fleurs de lotus, ho‑hoa. Un pot d’immortelle chinoise, wan‑nien‑ts’ing, est posé au milieu du pont.

Aux deux têtes du pont 

A droite : T’ong nan, l’acolyte masculin d’Amitabha. En main, il tient un étendard sur lequel sont inscrits 4 caractères : « Tsié‑in si fang, Le Conducteur et l’Introducteur au Paradis de l’Ouest ». C’est un des titres du Bouddha Amitabha, le Bouddha‑dieu du Paradis de l’Ouest (le Bouddha de l’Amidisme).
A gauche : T’ong‑niu, l’acolyte féminin d’Ami­tabha. D’une main elle tient une fleur de lotus, de l’autre elle porte un drapeau avec l’inscription : « K’i lo che‑kiai, Le monde du parfait bonheur ». Tel est le nom classique donné au Paradis de l’Ouest des Amidistes. On représente l’îlot de P’ou‑t’ouo‑chan où habite Koan‑in p’ou‑sa parce que Koan‑in est un des trois personnages de la Triade amidiste

Sur les côtés du drap mortuaire

La bordure est faite avec des pivoines brodées. Six grands médaillons ronds, trois de chaque côté, représentent les célébrités de la piété filiale. Quatre personnages figurent dans chacun des médaillons, en tout vingt‑quatre. Ce sont les 24 tableaux de la piété filiale, eul‑che‑se hiao.

 Long‑kang, le brancard ou corbillard

Il affecte la figure d’un dragon. Le cercueil est posé sur son dos, la queue du dragon apparaît à l’arrière, et sa tête cornue se lève sur l’avant. Entre ses cornes on a sculpté une statuette de l’Immortel Lieou‑hai sien, avec son enfilade de pièces d’or et son crapaud d’or à trois pattes, chan. Lieou‑hai est le patron des marchands ; on l’invoque pour obtenir la richesse.
Pourquoi les païens donnent‑ils au brancard la forme d’un dragon ? Ce fut originairement pour rappeler à la mémoire l’ascension au ciel de l’empereur Hoang Ti.

Le chiffre sur l’avant du cercueil

Au centre on écrit en lettres d’or le nom du défunt ; Tchong‑hoa min‑kouo kong min [ … ] Dans cette tombe “ reposent les restes” de [ … ]
Tout autour de cette inscription circule une guirlande emblématique formée par les dessins de : – 5 chauves‑souris, pien‑fou ;. – 5 pêches, t’ao‑tse, ou pan‑t’ao ; – 5 caractères cheou, longévité.
Le nom générique des cet emblème est : ou fou pan cheou, et le sens est : les cinq bonheurs au grand complet. C’est une allusion au banquet des Immortels que la déesse Wang‑mou fait servir à ses heureux convives, sur les rives de l’étang enchanté, dans son palais céleste, et où elle leur fait goûter les pêches d’immortalité, pan‑t’ao. Cette fête du pan‑t’ao‑hoei, est encore agrémentée ici par un jeu de mots entre fou, chauve‑souris, et fou, bonheur.
Ces allusions et ces jeux de mots font le bonheur des Chinois.

Au cimetière et de retour à la maison 

Combustion de la chaise et des caisses en papier. Après la sortie de la ville, aux abords du cimetière, on brûle la chaise de papier, ou le char, ou l’automobile en papier, qui doivent servir de véhicules à l’âme pour le grand voyage vers les enfers.

In lou fan‑tse, fanions indicateurs de la route

Les deux grands guidons de papier, attachés à une longue perche, sont plantés de chaque côté de la fosse. Grâce à ces fanions, l’âme pourra facilement reconnaître son tombeau, et ne courra pas risque de s’égarer lors de ses promenades aériennes.

Les prostrations, les lamentations

Pendant qu’on descend le cercueil dans la fosse, la musique joue à tout rompre, les pétards éclatent, les lamentations redoublent, tous sont prosternés à terre.
In‑koei t’ong‑tse. Il est d’usage encore de brûler une chaise en papier pour offrir un véhicule convenable au diable introducteur de l’âme. Ce sbire est chargé de présenter l’âme au dieu des enfers.

Le caractère du Tsao‑kiun

Le dieu du foyer, Tsao‑kiun, écrit un caractère sur l
e front de chaque défunt. Ses dévots sont favorisés tout naturellement ; pour les recommander à la clémence de Yen‑wang, roi des enfers, il écrit, par exemple les caractères : Dévot… Pénitent… Obéissant etc…

Autour du tumulus

Dans la campagne, on remarque souvent sur les tombes des objets dont on ignore la raison d’être. En voici quelques exemples.
Le cercueil est déposé seulement à terre, recouvert de paille, et non inhumé. Le jour de l’enterrement a été reconnu néfaste par un devin, ou un géomancien ; on dépose donc le cercueil à terre provisoirement, en attendant une époque favorable. Ou bien c’est que l’emplacement favorable n’a pas encore été trouvé, ou que le terrain à acquérir a été proposé pour un prix trop élevé ; ou bien les géomanciens ne sont pas d’accord sur l’emplacement à choisir.
Le cercueil repose sur une couche de paille et non directement sur la terre nue. C’est une femme morte en couches ; son cercueil touchant la terre, la souillerait ; pour la même raison, on n’élève pas de tumulus sur sa tombe.
Un vieux parapluie est étendu au‑dessus du cercueil.
C’est pour cacher aux regards du Ciel cet objet d’horreur, c’est‑à‑dire, cette malheureuse morte en couches.7
On voit sur les tombes d’enfants ces couronnes d’herbe ou de jonc, fan‑k’iuen, que l’on met dans la marmite chinoise pour cuire les aliments. C’est un collier destiné à effrayer le chien céleste, qui n’osera s’approcher de la tombe, par crainte d’être saisi et attaché.

La motte de terre

Au sommet du tumulus en forme de cône, les païens placent une motte de terre taillée en rond et figurant un chapeau de cérémonie. Pronostic d’une haute dignité conférée au défunt dans l’autre vie.
Tsin yé‑koei, cadeaux aux esprits sauvages.
Lingots en papier suspendus aux arbres dans les cimetières. Ce sont des aumônes faites aux âmes famé­liques.

L’autel des oblations

A la base du tumulus, les païens ménagent une sorte de table ou de surface plane, élevée d’environ deux pieds au‑dessus du sol. Aux jours des offrandes sacrifi­cales, ils déposent les mets offerts aux mânes des défunts sur ce plateau de terre, qui sert comme d’autel pour le repas rituel.

Yen‑heou‑pa, les tresses de paille de riz à moitié brûlées

Ce sont des tresses de paille de riz comptant autant de mailles que le défunt a vécu d’années. On les allume sur sa tombe le troisième jour après les funérailles, pour qu’elles tiennent compagnie au mort.
Les cercles de chaux.
Près des tombeaux on voit fréquemment des cercles de chaux. C’est l’indication des précautions prises contre les Prêtas, âmes faméliques, kou‑hoen, qui volent les offrandes d’argent, d’habits, envoyées aux morts. On décrit autour un cercle de chaux figurant un rempart, qui empêche les larcins après la combustion.

Des fragments de bols

Il est de coutume en bien des pays, de briser un bol sur la tombe du mort aussitôt après l’enterrement.
Le trou dans la paroi du cercueil.
Les tout jeunes enfants reviennent quelquefois se réincarner dans le sein de leur mère, environ un an après leur décès. On laisse une ouverture pour permettre à l’âme du petit garçon de sortir facilement de son tombeau.

Piao‑chan, relever le tumulus

Le jour du tsing‑ming (5 avril, quelquefois 6 avril), le tumulus est orné de banderoles de papier de différentes couleurs. C’est ce jour‑là également que la motte de terre, ronde, taillée en forme de chapeau de cérémonie , est plantée sur le sommet du cône de terre. Ces banderoles sont comme les longues franges de soie rouge fixées aux anciens chapeaux de cérémonie. Le dé­funt est un grand personnage dans l’autre monde : voilà l’idée mère.

Rapporter l’âme

Au moment où l’on enlève le drap mortuaire qui recouvre le cercueil, qu’on va descendre dans la fosse, les tao-che ou les bonzes prennent deux sabres en bambou munis d’une mèche de coton, et les font tournoyer en l’air pour obliger l’âme du défunt à se fixer sur les flocons de coton. Ils récitent des incantations pour réussir l’en­treprise. Les deux sabres et les mèches de coton sont soigneusement enveloppés dans le drap mortuaire, qui est remis au chef du deuil. Celui-ci, de retour à la maison, place les sabres et les mèches de coton de chaque côté de la tablette préparée d’avance, et l’âme va s’y fixer.

Le feu de paille à la porte de la maison mortuaire

A la porte de la maison du défunt, on allume un feu de paille : les pleureurs et les assistants aux funérailles, en passant sur le feu, sont purifiés des mauvaises influences et des vexations des diables, auteurs de la mort. On flambe aussi les chaussures.

L’âme (croyance des Chinois)

1° La théorie.
Les lettrés distinguent deux âmes : Hoen, l’âme supérieure, formée d’une matière plus subtile. A la mort, elle remonte en haut, et se disperse plus ou moins vite dans la matière céleste. Pé, l’âme inférieure, composée de matière plus grossière. A la mort elle tombe en bas dans la matière terrestre. Exemple : le bois brûlé par le feu. Les gaz et la fumée montent en haut et s’y dispersent ; la cendre tombe en terre et s’y incorpore.
2° La pratique.
En pratique, la majorité croit ou du moins agit comme s’il y avait trois âmes : – La 1e, sur la tablette hoen p’ai-tse 32. – La 2e, dans le cercueil avec les restes du mort. – La 3e, qui subit une sanction dans l’autre vie, est punie dans l’enfer ou réincarnée dans l’une ou l’autre des six voies, lou tao.

Après l’enterrement

Yuen-fen, l’élévation du tumulus, cérémonie appelée aussi fou-chan

On offre au mort un repas sacrificiel ; on brûle du papier‑monnaie et des liasses de pétards. Après s’être prosterné devant la tombe et avant de se séparer du cher défunt, on allume les tresses de paille dont il a été précédemment question.

Le retour de l’âme à sa demeure

Le troisième jour, l’âme du mort revient voir son ancienne maison. Les paysans païens prétendent qu’elle vient chercher la ‘lumière de ses yeux’, yen‑koang, qu’elle y a laissée. Aussi comme elle revient à tâtons, on se garde bien de rien bouleverser dans la maison et de tout laisser dans le même état que le jour où elle se sépara de son corps. On lui prépare des échelles en roseaux pour franchir les murs de clôture. On sème de la cendre fine sur le pavé, pour reconnaître son mode de réincarnation à la trace de ses pas etc. Les tao‑che sont invités à faire leurs prières.
L’œuf et le bâtonnet. Dans un bol on lui prépare un œuf et un seul bâtonnet. Il est difficile, de manger un œuf avec un seul bâtonnet ; c’est un stratagème imaginé pour jouir plus longtemps de sa présence à la maison. La visite passée, on donne l’œuf aux enfants, pour qu’ils deviennent vaillants, cou­rageux. Jeu de mots : tan, œuf ; tan, courage, audace.

Les 7 septièmes jours après la mort

Chacun des 7 septièmes jours qui suivent le jour de la mort, les femmes se lamentent auprès du cercueil, pleurent en énumérant les vertus, les belles qualités du défunt. Ces louanges, entendues par les satellites et les fonctionnaires de l’autre monde, les rendront plus indul­gents pour l’âme du défunt. On imagine cent manières diverses de leur donner une haute idée de la fortune, de la dignité du mort, pour qu’ils le traitent avec toute la considération due à une personne de distinction.

Kong‑tou, Pai-tchan

Entre le 9e et le 18e jour du mois où le décès a eu lieu, l’âme du défunt est censée revenir dans sa demeure et amener avec elle une troupe d’âmes faméliques, de Prêtas affamés, qui sont prêts à l’aider à tirer venge­ance des gens de la famille. C’est un véritable danger auquel il faut parer, et pour cela on invite les tao‑che, qui ont des divinités capables de mettre à la raison toutes ces âmes mendiantes.
Cette cérémonie des tao-che se nomme kong‑tou ; elle a pour but de maintenir les Prêtas dans le devoir en les apaisant ou en les effrayant.
Un des appartements de la maison destiné à cette cérémonie est orné d’emblèmes, de sentences et d’images dont la vue seule doit les terrifier. Puis un copieux repas est servi sur une table au milieu de la pièce.
Les tao-che entrent, et invitent les Prêtas à prendre leur repas, leur recommandant de se tenir dans les bornes du devoir sous peine d’encourir la colère des dieux dont les images sont suspendues autour de la salle du festin.
Le festin commencé, les tao-che crient, chantent, frap­pent le tam‑tam, jouent de la musique ; puis les prières a­chevées, un tao-che armé d’un sabre frappe dans toutes les directions, commande aux prêtas repus d’avoir à quitter l’habitation et de n’y plus jamais revenir sous la menace des plus graves châtiments. La famille n’a plus rien à craindre.

Trois jours de kong‑tou, et une somme d’argent.

Les bonzes ou les tao-che connaissant de riches famil­les qui ont perdu quelqu’un des leurs, usent du stratagème suivant.
Discrètement ils font avertir le chef de famille que leur parent est soumis à de très rigoureux traitements dans l’enfer ; tel dieu en a donné connaissance à tel bonze ou à tel tao-che. La famille désolée, pour la face aussi, doit entrer en pourparlers et trouver moyen de soulager ­le supplicié. Les bonzes lui font savoir qu’une forte somme d’aumône aux bonzes et trois jours de kong‑tou pourraient le soulager, au moins momentanément, car les diables de l’enfer n’entendent guère raison ! Le marché est conclu, la somme versée.
On orne un appartement avec luxe d’emblèmes, d’images, de draperies, de statues. La tablette du défunt est posée sur une table autour de laquelle les bonzes et les tao-che viennent prier, chanter, jouer de la musique, frapper les cymbales, tirer des pétards. Après trois séances et bien des difficultés vaincues, l’âme est enfin tirée de son cachot.
Quelquefois, au milieu des séances, le chef du chœur fait savoir que les diables de l’enfer ne céderont pas à moins qu’on n’ajoute une certaine somme : alors les gens cèdent et versent un surplus. Il n’est pas rare qu’une famille dépense ainsi un millier de piastres en rites ridicules.

Le sacrificateur

L’aîné des enfants mâles est le sacrificateur officiel, qui doit faire les offrandes à ses parents défunts. Une part de l’héritage doit être consacrée aux frais occasionnés par ces sacrifices.
S’il n’a pas d’enfants mâles, il doit adopter un des garçons de ses plus jeunes frères. S’il meurt avant d’avoir adopté un fils, son droit passe à son frère cadet.
Le sacrifice ne peut être effectif et valable que s’il est offert par un des descendants mâles du défunt. De là, pour un Chinois, le désir d’avoir un héritier mâle, qui puisse lui offrir des sacrifices après sa mort, et subvenir à ses besoins dans le monde inférieur. De là une tentation très forte pour les nouveaux chrétiens qui n’ont point de garçons : ils imitent quelquefois les païens et prennent une concubine.

Les trois sacrifices aux âmes délaissées

L’empereur Hong‑ou, fondateur des Ming, ordonna d’offrir des sacrifices et de faire des offrandes trois fois l’an, en faveur des âmes des défunts dont on ignore le lieu de la sépulture. Les dates fixées sont : 1° au ts’ing‑ming (5 avril, quelquefois 6 avril) ; 2° le 15 de la VIIe lune ; 3° le 1er de la Xe lune.
Il avait perdu les corps de son père et de sa mère : il voulut obliger tous ses sujets à suppléer ce qui man­quait à sa piété filiale.

Dépenses annuelles

Un ministre protestant, Mr Yates, très versé dans la connaissance des habitudes chinoises, a calculé que, dans toute la Chine, les dépenses faites pour offrandes aux défunts pendant ces trois fêtes se montaient au bas mot à 29 160 000 dollars, par an. Et en admettant une population de 400 millions d’ha­bitants, les dépenses annuelles faites par tous les Chinois pour leurs morts atteignent certainement la somme énorme de 151 752 000 dollars, en mettant les choses au mini­mum.
Ce ne sont ni la piété filiale, ni l’esprit de compassion pour les défunts qui sont les principaux mobiles de ces apparentes charités, mais bien une crainte servile : les vivants sont esclaves des morts. La crainte des koei rend généreux et délie les cordons de la bourse.

Koei teng, lampe des mânes

C’est le 13 de la 1e lune qu’on allume cette lampe près de la tombe des défunts, la première année après leur mort.
Ts’ing-ming.
Vers le 5 avril, les tumulus sont réparés, nettoyés ; une motte de terre en forme de chapeau de cérémonie est placée au sommet du cône, des pendentifs en papier de couleur figurent les franges. Un sacrifice est offert aux mânes : mets, vin etc ; une caisse de lingots est brûlée pour envoyer ces valeurs aux défunts.

Tche fang‑tse (Tchou-lin), maison de papier

Régulièrement, la maison de papier est brûlée ou bien le jour de l’enterrement ou au bout des 49 jours, si l’enter­rement a déjà eu lieu. Mais pour les vieillards on fait souvent brûler une autre maison de papier au bout de trois ans. Si ces vieux n’ont pas d’enfants mâles, ils prennent les devants et brûlent pour leur usage futur, en vue d’assurer leur avenir, une maison de papier et trois caisses de lingots .

La VIIe lune : p’ou‑tsi han lin, aumône d’une chaumière aux âmes abandonnées

Ce mois est en entier consacré au soulagement des âmes faméliques (Prêtas) 36. Des processions sont organisées dans les villes et dans les bourgs ; bonzes et tao-che parcourent les rues à grand bruit de tam‑tam et de musique. On brûle des lingots de papier, des habits de papier, on offre des présents en papier à toutes ces âmes errantes pour les empêcher de nuire aux vivants.

Fang yen k’eou, délivrer les bouches en­ fumées

Cérémonie au profit des Prêtas (appelés aussi yen k’eou), accomplie par les bonzes au nombre de 7, 8, ou 16.
Choei lou tao‑tch’ang, festival pour âmes abandonnées dans les eaux (noyés) ou sur terre. Cérémonie inaugurée par l’empereur Ou Ti, des Liang, en 505 apr. J.‑C., à Tchen‑kiang (Kiang‑sou).
Li-kou, faire l’aumône aux âmes délaissées. Cérémonie accomplie par les tao-che, qui doi­vent être pour le moins au nombre de 7 : 1 officiant et 6 assistants.
Le 15 de la VIIe lune : p’ou‑tou, sauvetage universel.
Visite aux tombeaux. Sacrifice, offrandes de papier­-monnaie. Passage de la mer de douleurs . Ce jour est nommé koei tsié, le terme des koei. On allume de petites lanternes flottantes sur les canaux et rivières, pour éclairer les âmes des noyés et leur montrer le chemin de la réincarnation.
Le 1er de la Xe lune : fang-koei, song han i, offrande d’habits d’hiver pour l’usage des morts.
On va brûler des habits de papier sur leur tombe, des souliers, des lingots etc… L’un des trois sacrifices aux mânes ordonnés par Hong‑ou, des Ming .

L’offrande du ‘souvenir’

Le jour anniversaire de la mort, la famille du défunt se rend sur sa tombe, offre du papier‑monnaie, et les femmes se lamentent.

Les quatre tsié

Nouvel an, 5 de la Ve lune, 15 de la VIIIe lune, et ts’ing‑ming (5 avril, quelquefois 6 avril). Visite aux tombes, offrande de mets, de lingots et pétards, le tout accompagné de prostrations.

Kiang che, cadavres rigides, kiang‑che koei, démons‑cadavres

Les païens appellent de ce nom les âmes qui animent leur cadavre après l’enterrement ; ce sont des koei redoutés, qui attaquent les passants. Le soir ces âmes sortent du cercueil, vont s’emparer des vivants et les entraînent de force dans leur tombe. Remèdes :
– Elles craignent le son des cloches boud­dhiques. – Un balai ou un crible les épouvante. – Ouvrir le cercueil au soleil, les met dans l’impossibilité de nuire. – Les tao-che vendent des amulettes préservatrices.

Koan‑wang, tseou‑in‑tchai, tchao-wang, évoquer les morts

Des ‘médiums’ prétendent entrer en communication avec l’âme des morts, demander de leurs nouvelles dans l’autre monde, les interroger pour connaître l’avenir (nécromancie).

Talismans libérateurs et pétitions

Les tao-che ont inventé des grimoires appropriés à toutes les circonstances qui peuvent causer la mort des hommes (pendaison, noyade, empoisonnement, décapi­tation etc. etc.), afin de retirer leur âme de l’enfer, ou afin de leur obtenir grâce et pardon en arrivant devant le juge des enfers. A ces talismans libérateurs sont jointes des pétitions adressées aux dieux et aux génies. Ces pièces, achetées à la pagode ou dans les boutiques de superstitions, sont brûlées, et la pétition parvient ainsi aux divinités. ╓82 C’est une source de revenus pour les tao-che et les bonzes. On en trouve pour les pendus, pour les noyés, pour les victimes de procès, de calomnies, de blessures, d’em­poisonnement etc…
L’image d’une femme collée sur les parois de la cloche.
Les vibrations de la cloche soulèvent peu à peu les femmes enlisées dans le lac de sang, aux enfers. Le moyen de les secourir est de coller leur portrait sur la paroi de la cloche : la vibration les ébranle et peu à peu elles peuvent se tirer du bourbier pour monter sur une barque de papier qu’on brûle à cet effet. Les pa‑tse ­collés sur la cloche ont le même effet.

P’ouo ti-yu, délivrer de l’enfer

Cérémonie exécutée par les bonzes pour retirer l’âme des morts des supplices de l’enfer.

Yu-lan hoei

Le but est le même que précédemment, mais l’ins­titution est plus lucrative encore, car pour réussir cette opération, il est nécessaire de réunir le plus grand nombre possible de bonzes vertueux, et il faut commencer par les bien nourrir afin que, réunissant toutes leurs farces comme en un seul faisceau, ils puissent tirer l’âme de l’enfer. On voit combien le système est profitable.

Les tao‑nai-nai, sorcières

A certaines époques de l’année, les familles païennes qui ont perdu l’un de leurs membres, invitent les tao‑nai-­nai dans la pagode des dieux de l’enfer et leur paient un bon repas, à la suite duquel ces industrielles se mettent à gratter la terre avec les doigts, comme pour pousser plus loin un objet invisible. C’est de la sorte qu’elles poussent l’âme du défunt d’une section de l’enfer à l’autre. Au bout de trois ans l’âme est sortie et peut être réincarnée. On croit à ces sottises.

Tchao (ou t’iao) choei‑wan, couvrir ou arranger le bol d’eau

Ces magiciennes prétendent pouvoir se mettre en communication avec les âmes des morts, leur parler et recueillir leurs demandes. Elles couvrent un bol d’eau avec une pièce d’étoffe, au travers de laquelle elles aperçoivent au bord du bol la personne qu’elles désirent interroger ou interviewer.

Tsi wang jen, se sien, sacrifier aux morts, aux ancêtres

Les sacrifices aux morts, aux ancêtres voilà la grosse superstition des Chinois. Sous couleur de piété filiale, on prépare un repas : mets, desserts, fruits, vin etc… ; on le place devant la tablette du mort et on invite son âme à des­cendre ; on espère en retirer un profit temporel : richesse, longue vie, nombreuse postérité. Coutume invétérée.

Mou‑tchou, la tablette, vulgo hoen pai-tse

Le nom du défunt est écrit sur la tablette, sur laquelle son âme est censée habiter ou du moins descendre au moment du sacrifice. Cette tablette est le siège de l’âme 44. La tablette des ancêtres est un des grands obstacles à la conversion des Chinois.

Sacrifices offerts sur les tombeaux

A certaines époques déterminées par les rites, les parents du mort portent des mets et du vin sur sa tombe, brûlent des lingots de papier, des pétards, et se prosternent jusqu’à terre.
Luen‑hoei, la métempsycose.
C’est, on peut le dire, une croyance à peu près uni­verselle parmi les païens. Les Amidistes croient sortir plus tôt du cercle des transmigrations en invoquant Amida, O‑mi-­touo fou ; ils espèrent obtenir pardon de leurs fautes et une renaissance dans la félicité sans fin du para­dis de l’Ouest. Mais tous les païens craignent d’être réincarnés en animal, ou dans un état de pauvreté et de misère, pour faire pénitence de leurs fautes antérieures. De cette fausse idée est née la coutume bouddhique d’éviter soigneusement de tuer les êtres vivants, de manger leur chair ; peut‑être serait‑ce la chair d’un parent, réincarné sous cette figure ?

Kouo sien k’iao (Kouo nai ho k’iao), passer le pont du Styx

Cérémonie pratiquée par les tao-che et les bonzes, pour faire passer le pont du Styx aux âmes des morts. Ils figurent un pont, en réunissant des tables, puis ils y font passer le fils du défunt, portant la tablette de son père. Ces cérémonies burlesques ont grand succès dans les milieux populaires.

Kou‑hoen, les âmes faméliques

Ce sont les âmes des défunts morts sans descendance, qui ne reçoivent par conséquent rien en fait d’offrandes ou de sacrifices. de la part des vivants. Ces âmes sont délaissées, on ne s’occupe pas d’elles, elle n’ont rien en fait d’aliments, de vêtements, de monnaie etc… Ce sont, en somme, toutes les âmes infortunées qui, pour une cause ou pour une autre, ne peuvent trouver la voie de la réincar­nation, et errent par le monde en mendiantes ; d’où leur nom : ‘âmes errantes’.

Condition des mânes dans l’autre vie

D’après la théorie chinoise, les mânes des morts sont dans un état de complète dépendance des vivants. Ali­ments, argent, vêtements, tout doit leur être donné par les survivants ; de là : repas sacrificaux, sacrifices, offrandes de lingots, de papier‑monnaie, offrande de maisons, de serviteurs, de vêtements, d’ameublement. Sans cette aumône des vivants, les âmes sont dans la plus affreuse détresse. Mais comment faire parvenir des objets visibles et matériels, à ces âmes de matière si subtile et invisible ? Par la voie de la combustion : On brûle tous ces objets en papier : ils sont appropriés ainsi à l’état des mânes, ils peuvent être reçus sous cette forme, et devenir dans l’autre monde la réalité qu’ils expriment. Secourir les mânes des ancêtres, c’est toute la piété filiale chinoise ; c’est, pour ainsi dire, toute la religion des Chinois.
Les besoins de l’autre monde sont calqués sur les exigences de la vie ici-bas, Le gouvernement du monde inférieur ressemble au système gouvernemental chinois. Mêmes mandarins, mêmes tribunaux, même genre de procès, de finasseries, même nécessité de se faire rendre justice avec des pots‑de‑vin habilement distribués, mêmes ruses pour induire les tribunaux en erreur et éviter une puni­tion trop justement méritée. La vie d’un Chinois, et ses relations avec les bonzes et les tao‑che, roulent sur ce système : on joue au plus fin.

La vengeance des mânes

Si les descendants ne leur font pas d’offrandes et négligent les sacrifices, les âmes délaissées se vengent sur les vivants, leur envoient des calamités, des maladies. Aussi, en cas de maladie, les membres de la famille font des offrandes sacrificales à leurs ancêtres, et ont souvent recours à un ‘médium’, une femme généralement, pour demander aux défunts la cause de leur mécontentement, ou s’ils désirent qu’on leur brûle du papier‑monnaie, ou encore si ce malheur est envoyé par des âmes faméliques.

Manger les viandes offertes aux mânes

Dans maintes circonstances, les païens chinois, à l’occasion d’une fête de famille, aux jours des obsèques, de l’anniversaire des défunts etc… offrent des mets, des viandes devant les tablettes des mânes de leurs ancêtres ; puis, avant le repas, on mêle confusément ces viandes aux autres mets servis sur la table. C’est le fameux keng fan (kang‑vè) ‘potage et riz cuit’, qui rend si difficile ­la situation des chrétiens invités à ces sortes de repas de­ famille. Leur conscience ne leur permet pas, dans certai­nes circonstances, d’y prendre part ; par ailleurs les parents païens sont offensés de leur refus (Cf. Sica, Casus, IX, XI).

Offrande de literie et d’habits véritables en étoffe

Quand une famille se croit victime des revenants, et que la maison est hantée, elle a recours à un ‘médium’ koan‑wang.
En 1925 à Zi-ka‑wei, il indiqua le moyen suivant pour apaiser les mânes des défunts :
Un costume complet, en bonne étoffe, est préparé par un tailleur ; une literie au grand complet est disposée auprès du tombeau.
Le lit est tout préparé, on y dispose les habits, comme s’ils étaient sur le corps du défunt, on les recouvre avec une couverture de lit complètement neuve, puis une tablette de l’âme portant le nom du mort est introduite dans l’ouverture de l’habit, là où devrait être la poitrine du défunt.
Tout autour, on dispose un mobilier complet, mais en papier, et non plus en réalité comme pour le lit et les habits.
On brûle le tout, pour faire parvenir ce don aux mânes.
C’est une dépense d’environ 40 dollars pour chaque défunt. Cette offrande se fait au ts’ing ming ; inutile d’ajouter qu’elle est accompagnée d’un repas. sacrifical très soigné, de prostrations et de pétards. Les lingots de papier doré et argenté brûlés par dizaines, iront remplir les coffres‑forts des défunts dans l’autre monde. Paix chèrement achetée !
Il s’agit du cas où cet acte serait interprété par les païens comme un acte de culte idolâtrique. Plusieurs chrétiens trop timorés ont besoin d’être instruits sur ce point.

école du lion d’or

L’école du lion d’or, association Pai Liang Qiao, fut fondée en 2014 par Philippe Reus, élève du maître Hu Dong Liang, dernier descendant de l’école du Lotus Blanc.

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