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Démons et esprits de la nature
Il existe également des démons ou génies issus souvent de la nature, malfaisants ou non selon les cas, dont le type le plus connu, yāo jīng (妖精), est un animal qui s’est chargé d’énergie au fil du temps. Accumulant plus facilement l’énergie yin, ils sont en majorité de sexe féminin. C’est le cas des célèbres renardes séductrices des contes ou de l’héroïne de la Légende du serpent blanc.
L’au-delà et la mort
La notion que l’individualité peut subsister après la mort si elle est nourrie par les sacrifices ou si elle est celle d’une personnalité exceptionnelle est sûrement très ancienne. Les croyances chinoises antiques semblent avoir attribué à l’homme plusieurs composantes vitales se séparant au moment du décès.
  • Il y a tout d’abord l’âme « inférieure » pò (魄) : nécessaire à la vie mais de moindre importance elle est dite rester dans le cercueil après la mort et finir par s’y dissoudre avec le temps.
  • Il y a ensuite l’âme « supérieure » hún (魂), immortelle.
  • Parfois aussi on distingue le shén (神), qui a donné le mot dieu.
Le culte des ancêtres devait à l’origine en faire des divinités protectrices du clan en nourrissant leur shen, mais les ancêtres d’aujourd’hui ne sont plus divinisés. On leur rend néanmoins un culte qui peut leur assurer une meilleure situation dans les enfers ou une meilleure réincarnation, et qui a le pouvoir d’entretenir la fortune de la famille, de même que le choix judicieux selon les règles du feng shui de l’emplacement de leur tombe.
  • explication bouddhiste : l’âme immortelle va aux enfers après la mort payer pour ses méfaits et une fois tous les enfers traversés elle boit au fleuve de l’oubli3 et est réincarnée en fonction de son karma.
  • explication taoïste : l’âme du défunt continue à vivre dans le monde de l’ombre, sorte de monde démoniaque, équivalent yin de notre monde yang. Mais contrairement à la vision occidentale, le monde des morts inter-pénètre notre monde.
Les détails de la destinée outre-tombe peuvent varier selon les individus. Beaucoup envisagent un jugement de la part d’un juge infernal, deux divinités étant candidates au rôle, Yanluowang d’origine bouddhiste et le Dieu-Préfet d’origine locale, avec pour les plus coupables un séjour non éternel mais parfois très long dans un enfer dont l’iconographie est d’origine hindo-bouddhiste. Certains imaginent un séjour de durée indéterminée outre-tombe, qui peut être passé dans un certain confort grâce aux meubles ou voitures brûlés lors des cérémonies funéraires et aux sacrifices des vivants. Ce lieu serait un lieu administré par des fonctionnaires ressemblant beaucoup à leurs homologues d’en-haut. Mais l’opinion la plus générale, très influencée par le bouddhisme, est que l’âme se réincarne, sa vie future étant déterminée par les actes de son existence précédente. L’objectif ultime peut être le nirvāna, ou plus modestement un paradis comme celui de la Terre pure du bouddha Amituofo.
La réincarnation n’est pas immédiate, et pendant quelques jours au moins l’ancien vivant est un fantôme, gŭi (鬼). L’existence des spectres est donc un fait indiscutable pour la plupart des gens, même si tout le monde n’est pas capable de ressentir leur présence. Cette période de vie fantomatique peut se prolonger pour certains, particulièrement les personnes à qui aucune offrande n’est faite ou qui sont décédées de mort violente, ces dernières sont particulièrement dangereuses car on pense que l’effroi causé par leur épreuve leur a brouillé l’esprit ; elles sont donc aveugles à la voie de la réincarnation et pensent sortir de leur douleur en attirant une victime qui prendra leur place ; ce genre d’esprit est souvent désigné comme responsable des noyades, accidents de la route ou suicides considérés comme inexplicables.
De toute façon, même s’ils sont de la famille ou animés des meilleures intentions, le contact des fantômes, de par leur nature trop yin, est préjudiciable à la santé humaine. On veille donc à éviter les visites inutiles dans les cimetières et autres lieux marqués par la mort, ainsi que les comportements censés les attirer, comme le fait de siffler à la nuit tombée. Le terme gui ayant une connotation péjorative, on s’efforce de ne pas les courroucer en leur donnant des appellations plus agréables telles que « bons frères » (haoxiōngdì 好兄弟).
Les fantômes affamés
Représenté comme des vagabonds errants, ce sont des âmes orphelines dignes de pitié : ils sont d’aspect efflanqués et faméliques. Quoique surnaturels, ils ne sont pas « classés » dans la hiérarchie divine et peuvent être maléfiques comme bénéfiques. Ces fantômes peuvent avoir plusieurs origines :
  • La personne meurt sans descendant et personne ne peut assurer le culte des ancêtres. Ne recevant plus d’offrandes de nourriture, l’âme/esprit de la personne décédée devient un fantôme/démon (鬼 gŭi). C’est dans le but d’assurer ce culte que certains très vieux chinois adoptaient parfois des jeunes gens comme leurs propres enfants afin qu’ils poursuivent le culte de leurs ancêtres. Ces personnes venaient souvent de familles nombreuses, ou d’une famille de condition sociale ou économique inférieure à celle de l’adoptant.
  • La personne meurt de malemort ou d’un terrible accident qui fait que son esprit va rester autour de son cadavre et chercher à communiquer avec les vivants sans savoir lui-même qu’il est mort.
  • Il s’agit d’un suicidé qui nourrit encore de la rancœur à l’encontre d’un vivant.

Si certains esprits en attente de réincarnation hantent les lieux de leur vie ou de leur mort, beaucoup semblent vivre dans ce lieu d’attente que sont les enfers, dont la porte est ouverte pendant un mois chaque année (septième mois du calendrier lunaire) par décret de la bureaucratie céleste. Ils peuvent ainsi tenter de régler les affaires laissées en suspens par leur décès et font parfois, volontairement ou non, des victimes. C’est pourquoi la tradition veut que l’on évite autant que possible les activités à risque pendant cette période. À divers moments du mois, et particulièrement le quinzième jour, Fête des fantômes, un repas accompagné de prières pour leur délivrance leur est offert. Cette cérémonie se nomme pŭdù (普度) de « universel » et « passage, libération ».
Pour tout problème causé par les fantômes, et pour les délivrer de leur condition actuelle, on fait appel aux maîtres taoïstes et aux moines bouddhistes. Les premiers sont spécialistes des rituels de protection contre les spectres qu’ils sont censés savoir tenir en respect. Une croyance prêtait à certains maîtres taoïstes du Hunan le pouvoir de ramener chez eux sous forme de jiangshi, sorte de zombie, les cadavres des gens morts au loin, pour qu’ils puissent bénéficier des rites et d’une sépulture convenable de la part de leur famille. Les prières des moines bouddhistes, presque toujours présents lors des cérémonies funéraires, ont le pouvoir de faciliter leur délivrance.

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